Les maires de Bouliac

Tous les documents municipaux de la période 1789 -1828 ont disparu des archives communales. Pour cette période, les informations données ici sont, le plus souvent, tirées de l'ouvrage de l'abbé Pareau "Bouliac au XIXeme  siècle" . Pour les années postérieures à 1828, j'ai utilisé l'ouvrage de l'abbé Pareau et les archives municipales.

 

J. Sermansan 1797-1804

Présentation de l'abbé Pareau
"propriétaire, à l'extrémité nord du village, d'un petit domaine qui a successivement appartenu à Sermensan, fils, Levif, et Abria, co-propriétaires, Jules Pichard. Il comprend un bosquet de vieux chênes, quelques agréments, des vignes rouges, une maison de maître... mure pour la démolition".

J. Sermansan était propriétaire de l'actuel Castel de Vialle, anciennement domaine de Salles.

 

J. Roux

Présentation de l'abbé Pareau
"Les trois 
. . .  placés entre les deux barres qui paraphent invariablement sa signature dans nos registres municipaux nous révèlent qu'il était franc-maçon. Le pauvre esprit humain a beau, dans son fol orgueil, se déclarer indépendant, il croit toujours à quelque chose, au démon, quand il se refuse à Dieu, aux ridicules simagrées des loges, quand il rejette la divine Victime du Calvaire et de l'autel".

J. Roux était propriétaire du domaine curial actuel. L'abbé Pareau nous raconte comment  le "pauvre esprit humain" de ce maire le conduisit à acheter le domaine curial qui, actuellement, est propriété de la commune.
"Le décret porté dans la nuit du 4 août 1789, par l'Assemblée Constituante, déclara les biens de l'Eglise propriété de la Nation ; confiscation inique, vol. L'Etat, pas plus que l'individu, n'a le droit de mettre la main sur un bien légitimement acquis. La loi du plus fort n'est pas la loi ; c'est l'abus de la force, l'oppression du faible, la tyrannie. La maison curiale de 1789 était identiquement celle d'aujourd'hui. Bien de l'Eglise, elle fut confisquée et vendue en 1796 au sieur Auguste Fourteau, matelot, demeurant à Bordeaux, rue Puits-d'Escazeaux, au prix de 5200 fr. Cette vente, faite sept ans après la confiscation et à un étranger, montre qu'une âme ne se trouva pas dans Bouliac assez malhonnête pou acheter, un bien volé.
Fourteau ne garda pas sa criminelle acquisition. Il revendit, en juillet 1801, à J. Roux, lieutenant de port à Bordeaux et y demeurant, rue du Palais Gallien, 106, au prix de 3 100 fr" qui le vendit, à son tour, à la commune de Bouliac le 23 mai 1820, pour la somme de 5 700 fr."

M. Manieres 1809-1811

Il fut en fonction de 1809 à 1811. Sa propriété, le domaine de Manières, fut achetée en 1885 par Camille Hostein  qui devint maire en 1895.
"... sortie sur le village, vignes rouges sur le coteau de l'est, petit bosquet, modeste maison de maître" a écrit l'abbé Pareau.

Bartélémy Dupuch 1811-1825
Le maire de la maison curiale

Tout ce que nous savons des réalisation de ce maire nous est rapporté par l'abbé Pareau mais ce qu'il nous rapporte concerne essentiellement, hélas ! son action relative à l'église et à la cure paroissiale.
"Il voyait la chrétienne population de Bouliac de plus en plus mécontente de ne pas avoir son propre curé. Elle devait faire baptiser ses enfants à La Tresne, à Bègles ou à Floirac, courir, vu la distance, le perpétuel danger de voir mourir ses malades sans Sacrements, porter ses morts à l'Eglise, sans la levée du corps à domicile, à moins qu'ils ne fussent dans le village, les ensevelir ordinairement dans l'après-midi, sans les très saintes prières de la Messe. Point de catéchisme pour les enfants ; point de conseils à la fragile jeunesse ; plus de fêtes religieuses, pieux rendez-vous aux pieds de Jésus-Christ, où l'on oublie un moment la terre pour se souvenir du Ciel ; l'Eglise ne s'ouvrait même pas tous les dimanches.
Comment mettre un terme à ce désolant veuvage ? Il fallait acheter une maison curiale, réparer les toitures de l'Eglise et la caisse municipale n'avait pas le premier sou. D'autre part, Mgr D'AVIAU avait encore si peu de prêtres !..
L'honorable maire se mit néanmoins à l'oeuvre.
Il chercha d'abord une cure convenable et d'un prix relativement doux, et rien dans le village ne répondait à son idéal, à part la maison de J. Roux.
Située au centre du bourg, assez loin de la route pour n'être incommodée ni par le bruit ni par la poussière, cette maison est bien celle qui convient à l'homme que ses divines fonctions séparent du monde et vouent à cette douce solitude, où la prière est plus facile, l'étude plus calme, le ciel plus rapproché. A l'entour, un jardin, une vigne, des arbres fruitiers, des tilleuls... et, pour le plaisir des yeux, une vue superbe sur la plaine immense que traverse le ruban argenté du fleuve, sur la grande cité, sur l'infini des Landes.
"Ce point de vue est un morceau de pain !..." disait un jour un éminent prélat au curé qui écrit ces lignes.
"Oui Monseigneur, répondis-je, ce coup d'oeil, un morceau de pain et quelque chose avec..." Et nous servîmes, en effet, au repas qui suivit la confirmation, autre chose que le coup d'oeil qu'il nous serait difficile de supprimer, et que le morceau de pain, et personne ne se plaignit de cette...prodigalité.
En 1819, J. Roux manifesta le désir de vendre son domaine. B. Dupuch se mit aussitôt en rapport avec lui et avec la Préfecture pour obtenir l'autorisation d'acheter.
En 1820, comme cette autorisation tardait à venir, il prévint tout concurrent et mit fin à l'impatience de J. Roux par un coup de maître : il lui promit sous seing-privé d'acheter, au bout de trois mois, au nom de la commune, ou en son propre nom. Qu'il est donc sage de confier la direction des affaires publiques à des hommes de bourse, de tête et de coeur ! De nos jours, nous ressemblons trop souvent, dans le choix de nos maires et de nos députés, à l'insensé qui veut à tout prix puiser de l'eau dans uns source tarie.
Avant l'expiration des trois mois, le 23 mai 1820, B. Dupuch, agissant comme maire, acheta la propriété Roux, par devant Me Darrieux, notaire à Bordeaux, moyennant la somme de 5 700 fr.
Elle contient 64 ares.
Quelques mois après, la toiture de l'Eglise était réparée, et la nouvelle cure mise dans un état de propreté parfaite.
Ce n'est pas tout, B. Dupuch comprenait que le curé des petites paroisses rurales doit tenir un rang, modeste sans doute, mais digne de son caractère sacré ; qu'il est par état l'ami des pauvres, l'initiateur des oeuvres, l'homme dont le coeur et la main s'ouvrent à toutes les indigences ; que les 900 fr que lui sert annuellement le Gouvernement, comme restitution des biens qu'il a jadis volés à l'église, peuvent au plus l'empêcher de mourir de faim. En conséquence, il fit voter, en 1822, un supplément municipal de 300 fr pour le futur curé de Bouliac.
1822 ! Voilà donc déjà deux ans que la cure est acquise, que l'Eglise est restaurée, que la population fidèle attend le retour du Divin Sauveur dans le Tabernacle auguste d'où le malheur des temps l'a chassé!..Un an va s'écouler encore, avant l'arrivée du pasteur désiré, tant est grande la disette des prêtres dans le diocèse."

Le 17 septembre 1823, B. Dupuch écrivit aux conseillers municipaux la lettre suivante :
Monsieur,
Je vous invite d'assister à l'installation de M. le Curé de Bouliac dans cette paroisse, qui aura lieu dimanche prochain à 9 heures précises".


Il fit dressé l'état des chemins de la commune en 1825, "c'est le plus ancien document auquel nous soyons remontés" a dit M. Hugla le 9 février 1873.
Il se démit de ses fonctions en 1825.


B. Dupuch était  propriétaire d'un grand vignoble,  avec maison de maître, qui se terminait au port des Collines. Le 10 mars 1831, il déclara avoir produit 60 tonneaux de vin de palus. Cette maison avait disparu à l'époque où l'abbé Pareau rédigeait son "Bouliac au XIXe siècle".

L'abbé Dupuch et Barthélémy Dupuch étaient-ils parents ?

C'est ce qu 'affirme Monique Lambert dans un courrier qu'elle m'a adressé après avoir consulté mon texte ci-dessus concernant Barthélémy Dupuch :

"Je n'ai pas trouvé l'histoire de la propriété "Les collines", appartenant à la famille Dupuch. Il se trouve qu'il y a quelques années j'avais fait une recherche sur les oeuvres de l'abbé Dupuch, devenu le premier évêque d'Alger en 1838. C'était le neveu du propriétaire. Très entreprenant, cet abbé avait  créé plusieurs institutions de bienfaisance. Entre autres, l'oeuvre des petits savoyards (en fait des petiits ramoneurs du massif central).  A la recherche de subsides pour ses oeuvres, il avait écrit un petit livre sur ces petits savoyard. L'originalité de l'ouvrage : il avait monté des dialogues entre petits "savoyards" et enfants de bonne famille, habitant "les C.". J'ai cherché longtemps "les C." Il est fort probable qu'il s'agit des "collines". L'abbé Dupuch orphelin très tôt avait été pris en charge par son oncle, négociant etc..."

Extrait du texte de Monique Lambert consultable sur www.usaquitaine.com/article030042006.htm

Il fut tuteur des enfants de son frère Jean.

 

Armand Sudreau 1825-1828

Une seule ligne de l'abbé Pareau  le concerne : " propriétaire du Pian, fut enlevé par une mort prématurée à l'estime de ses concitoyens, en 1828."

M. Joyeux 1829-1839
 Le maire de la première mairie de Bouliac

Peu d'informations sur l'homme dans le livre de l'abbé Pareau :"M. Joyeux, qui remplaça M. Sudreau, habitait le domaine que possède aujourd'hui M. Sort, à deux cents mètres environ au nord du village. Vignes, prairies, un bouquet d'arbres, maison de maître confortable... homme intelligent, ferme, très assidu. Il construisit, en 1837, une mairie qui fut remplacée en 1880 par la mairie actuelle. Le devis est de 7 160 fr 39 cent".

Je suppose, provisoirement, qu'il s'agit de la propriété Bouc actuelle, situé à l'angle de la côte et de la route du Bourg. Mais n'oublions pas qu'en 1828, cette côte n'existait pas : on arrivait au Bourg par le chemin de Salles ( voir Le chemin de Salles dans Histoires des chemins de Bouliac).

Il entre en fonction  le 6 juin 1829, en présence du curé Brothier.


C'est lui qui met en place le processus qui devait conduire à la construction de la première mairie de Bouliac : le 15 mai 1830, le conseil municipal "décide une imposition de 400 fr par an pendant cinq ans pour la construction d'un local affecté à la tenue des réunions du conseil et à la conservation des papiers de la mairie."
Remarque :
Ce premier projet ne concerne pas encore la construction d'un local pour loger l'instituteur et pour recevoir ses élèves. En 1832, Bouliac fait partie des 10 400  communes qui ne disposent pas d'une école sur les 38 000 communes du pays.
Dans une lettre au Préfet du 30 avril 1831, il souligne les difficultés rencontrées dans son travail à la mairie :"surtout lorsqu'on est aussi mal secondé que je le suis...je ferai tout ce qui dépendra de moi pour y parvenir , en attendant qu'un maire plus heureux que moi me remplace."
Le 15 septembre 1831, il fait procéder à l'élection des conseillers municipaux dans la salle prêtée par le "sieur Bouluguet" : sur les 65 électeurs de la commune 33 bulletins seront enregistrés.

Le 3 août 1832, le tableau des 25 régistres del'état-civil existant dans les archives de la maison commune tenus par divers ecclésistiques depuis le 13 février 1737 à l'an 1793 est remis à M. Joseph L'estrade, adjoint de la commune.

En mai 1833, il fait connaître la recherche d' "un local convenable pour la tenue des séances, du placement des archives et d'un logement pour l'instituteur primaire conformément à la nouvelle loi municipale."  Cette information  est répété le 18 août 1833 ; le maire est autorisé à faire la recherche d'un local propre au logement de l'instituteur primaire er d'en faire la location... Le matériel servant à l'enseignement mutuel dont l'instituteur est propriétaire lui sera remboursé s'il y a lieu à réclamer"
Le 22 mai 1834 le conseil demande la  nomination de personnes "qui voudront bien s'occuper de la recherche d'un local bâti ou à construire " pour la tenue des réunions ainsi que d'un logement pour l'instituteur primaire.
En mai 1836, le  devis de la mairie et du  logement pour l' instituteur est approuvé par le gouvernement.
En mai  1837, il présente au conseil "la réparation de la charpente qui supporte la cloche de l'église paroissiale qui menaçait ruine depuis longtemps moyennant le prix et somme de 90 francs cinquante centimes" ainsi que celle de "la façade du mur de clôture du presbytère sur la place du bourg de Bouliac, qui avait croulé par la violence du mauvais temps... pour la somme de 50 francs."

Le 30 décembre 1837, le maire présente le devis, rédigé par Pascal Sermensan le 12 octobre 1835, de la construction d'une mairie à quatre cheminées  comprenant un corps de garde, à la suite une salle pour les réunions pour les réunions du conseil, une salle pour l'école primaire communale et une chambre pour l'instituteur. La lecture du devis révèle que le périmètre du bâtiment est de 59 mètres que les murs seront en pierre tendre de Latresne, que la façade sera ornée d'un fronton, que les trois façades latérales auront une longueur de 36 mètres et une hauteur de  4,35 mètres et que les travaux devront être terminés en octobre prochain. En ce qui concerne la chambre de l'instituteur (face ouest) son périmètre sera  de 14 mètres, elle aura une cheminée en pierre de fumel avec décor en plâtre, un sol couvert d'un carrelage de 21 mètres carrés en grands carreaux en terre cuite de Gironde. Le devis s'élève à 7160,39 francs (y compris les 960,39 francs pour la chambre de l'instituteur.)

Les travaux de cette construction vont bouleverser la vie de la commune: l'exposition et la vente des animaux est interdite sur la place centrale qui prendra bien plus tard le nom de Camille Hostein ; elles auront lieu sur la place du télégraphe comme l'indique l'arrêté du 30 décembre 1837.


Le procès-verbal d'adjudication du 21 mai 1837 indique que 5 soumissions ont été recueillies et que l'adjudicataire des travaux


 est le sieur Maizonnier, entrepreneur de bâtisses demeurant à Bordeaux, rue Saint-Martin n° 43.

  Et le 27 mai 1838, le maire réunit, pour la première fois, le conseil municipal dans sa nouvelle mairie !

On notera que, avant 1837,  les animaux à la vente étaient exposés sur la place du bourg ; la construction de la mairie déplace ce marché aux bestiaux sur la place du télégraphe, à côté du cimetière (le porge pour les bouliacais du XVIIIème siècle).

Le 8 janvier 1839, le conseil adopte le règlement définitif de 7196.30 francs pour la construction de la mairie.

     M. Joyeux démissionna en 1839. Son successeur Pierre Laumet  solda les travaux de construction de la mairie à M. Maizonnier le 7 mars 1841 (527,91 francs).                  

L'action du maire nous est bien connue par les registres de délibération du Conseil municipal déposés à la Mairie depuis 1829. On peut se demander pour quelles raisons tous les registres antérieurs à 1829 ont disparu. Peut-être que l'absence de Mairie et de local d'archives, jusqu'en 1837, expliquent cette lacune qui nous prive de la connaissance de la vie communale postérieure à la Révolution. Cette absence explique également le fait que les archives communales étaient conservées par le maire qui les remettaient à son successeur... ou pas ! Ainsi, dans une lettre datée de juin 1829, le nouveau  maire Joyeux écrit au Préfet pour signaler, après le décès de Armand Sudreau : "...je n'ai pu encore obtenir les papiers de la mairie qui son entre les mains de sa veuve."

Elle explique encore que les réunions du conseil Municipal se tiennent dans des locaux très variés : chez le curé en juillet 1829 et en mai 1830, chez le maire, à Bordeaux, 24 rue des bahutiers, en janvier 1831, chez le curé le 12 mars 1830..

M. Joyeux était très satisfait de la vie communale puisqu'il écrivait au Préfet en août 1830 : "Tout est parfaitement tranquille dans ma commune, l'esprit y est excellent."
Mais le mois de mai a été dur pour la commune. En effet "un ouragan qui a commencé le 8 au soir et qui s'est prolongé toute la journée du 9" a rendu impossible la réunion des conseillers municipaux !
Il avait également de grosses difficultés pour l'entretien des chemins communaux détériorés en permanence par les charrettes et chariots des bouviers et charretiers. Le 12 janvier 1830 il publie l'arrêté suivant :

1- Tout bouvier et charretier qui parcourra les chemins de la commune sera tenu, dans le délai de vingt jours de la publication du présent arrêté, de faire placer à l'endroit le plus apparent de la charrette ou chariot, une plaque de fer blanc qui indiquera le numéro d'ordre délivré à la mairie, le nom du propriétaire et celui de la commune.
2- Le chargement des charrettes ou chariots à jantes larges ayant au moins onze centimètres de large (4 pouces) soit pour aller ou revenir sur les chemins de la commune, ne pourra excéder un tonneau de vin, ou l'équivalent d'un tonneau, ou de toute autre espèce de marchandise.
3-Les charrettes ou chariots ne pourront dans aucun cas circuler sur les chemins et voie publiques si elles ont des roues ferrées avec des clous à tête de diamant  ou de quelque forme qu'ils soient présentant au-dessus du bossoir une saillie de plus d'un centimètre quatre lignes."

Même les chiens sont sous surveillance, mais uniquement pendant la période des vendanges : ...les chiens doivent être tenus à la laisse jusqu'à ce que la récolte des vendanges soit entièrement faite... leurs chiens seront abattus partout où ils seront surpris à commettre des dégats."
Ce règlement apparaît régulièrement, tous les ans au mois d'août, pendant tout le XIXème siècle.

Remarque :  M. Joyeux impose une règlementation de circulation pour les véhicules de son époque :  plaque d'immatriculation,  caractéristiques des roues et limitation des charges transportées ( 4 tonneaux de vin correspondent à 900 litres , soit une charge d'environ 1 tonne).
Les premières victimes de cet arrêté fut Pierre Sarazin et son fils, charretiers de la commune de Floirac qui conduisaient "deux charrettes attelées de trois chevaux chacune chargées de vingt blocs de pierre ce qui excédait du double le chargement voulu par le règlement."

 

Pierre Laumet 1840-1842

Il était propriétaire du domaine Delor (actuellement, château Kermorvan)  qu'il a acheté en 1851.
"Boulanger de son métier, il ne perdait pas une minute, courant à sa vigne après avoir mis son pain au four, revenant au petit trot, à l'heure voulue, pour retirer le pain cuit.
Le travail ne faisait pas oublier Dieu, et, le dimanche M. Laumet assistait dignement aux offices.
Il ne disait point de ces blasphèmes abominables, si familiers de nos jours aux travailleurs ; il avait cependant son juron habituel : "Milliard ! sacré milliard !" c'était peu grave". (Abbé Pareau)

Les registres communaux mentionnent que, le 2 juin 1829,  Laumet, boulanger, propriétaire du terrain bordant le chemin du Picquet s'est permis d'enlever "une portion du talus" et a fait des enlèvements de terre qui mettent en danger la viabilité de ce chemin, ce qui a conduit le maire Joyeux à écrire au sous-préfet pour dénoncer ces agissements inacceptables.

Après la démission de M. Joyeux en 1839 , Pierre Laumet fut nommé maire par interim par le Préfet. Dans une lettre adressée au Préfet, Pierre Laumet tenta de refuser cette fonction en faisant état de ses infirmités et de son âge avancé. Ce refus fut rejeté par le Préfet qui lui écrivit :" C'est donc une obligation rigoureuse qui vous est imposée par la loi."

Son installation comme maire eut lieu le 30 août 1840, à dix heures du matin.

Quelques mois plus tard, le 29 novembre 1840 il fut victime d'une "odieuse calomnie :"le sieur Soupire Laurent surnommé Auguste , fils, vigneron, demeurant au Bourg.... s'est introduit dans ladite salle en faisant du bruit , proférant quelques invectives, prétendant qu'il savait de bonne part que le Gouvernement avait alloué pour ladite garde une somme de deux cents francs, et que Messieurs les chefs allaient se régaler sans y inviter les gardes nationaux, mettant en quelque sorte, avec un air insolent, au défi les autorités locales... Ce bruit a déjà acquis quelque consistance dans le public de manière à faire planer sur nous quelque mauvais soupçon qui pourrait nous exposer au mépris et à la haine des citoyens et qui pourrait attirer le désordre et l'insubordination si l'on ne se hâtait d'y mettre fin... Or, ledit Soupire fils, ne s'est point borné de venir faire l'insolent et l'insubordonné dans la salle de la Mairie en présence des autorités locales ; il a encore été sur la place publique le dire à tous ceux qui voulaient l'entendre, il a même été jusque dans les auberges et dans les chantiers proclamer cette odieuse calomnie."

Le 10 décembre 1840,  il met en place le voyage à Bordeaux en char-à-bancs.

Char à banc pour une dizaine ( ?) de personnes

Char à banc pour quatre (?) personnes

 

Quels modèles conduisaient à Bordeaux les bouliacais ? Nous ne le saurons certainement jamais !

A cette date, il autorise François Paquier, de Latresne,  à faire stationner ses chars à bancs, au bas de la côte, route départementale n° 10, "à, des heures convenables afin de faciliter aux habitants de notre commune le voyage de Bordeaux soit pour aller, soit pour revenir." Mais les choses vont se compliquer ! Le 11 aôut 1842, François Paquier se plaint "qu'aujourd'hui, à cinq heures du soir, il a trouvé l'hirondelle n° 38, appartenant à M. Maupas et Dubois  de la bastide, stationnant sur un terrain appartenant à la commune de Bouliac, au bas de la côte, attenant à la propriété du sieur Grenier, charpentier route départementale
n° 10. Le 20 octobre 1840,constatant que l'ordre public et la sécurité des passagers ne sont pas garantis il arrête l'annulation de la permission accordée à François Paquier et fait défense "à tous les voituriers de faire stationner leurs voitures sur la voie publique et de chercher à se passer devant les uns les autres." Le même texte les  oblige " à se pourvoir à leurs frais des remises ou emplacements où ils pourront stationner sans danger."

Le 13 mars 1841, il fait publier un arrêté contre les entraves au libre exercice du culte, les outrages ou dégradations des objets du culte comme croix, tableaux etc ... Sont visés les charretiers qui se permettent de faire circuler leurs chariots les jours fériés, les particuliers qui stationnent et tiennent conversation devant la porte de l'église et "les personnes malfaisantes " qui se permettent "d'outrager les objets servant à l'exercice du culte, notamment la croix de la place du bourg qui a déjà reçu quelques dégradations."

Au XXème siècle, on ajoutera les profanations de cimetière !

Le 31 mai 1841, il fit voter par le conseil la construction d' "une chambre à coucher pour l'instituteur communal attenant à celle qu'il occupe actuellement." Pour financer cette construction le maire a été autorisé à mettre en vente 17 chemins et terrains inutiles à la commune. Le 11 juillet 1841, le procès -verbal d'adjudication indique que Héliot, maître maçon à Latresne , qui a soumissioné pour la somme de 710 francs, construira cette chambre.

Il se démit de ses fonctions le 22 novembre 1842.

M. Bordelais  Aîné 1842-1846

" M. Bordelais possédait au nord-est du village le domaine qui appartient aujourd'hui à M. Nissou. Il résigna ses fonctions en 1846". (Abbé Pareau)


Son installation eut lieu lieu le 27 novembre 1842 à la suite de la lettre de démission de Pierre Laumet. Le même jour, le conseil municipal institue un garde-champêtre "dans l'intérêt de la commune et la tranquillité de Messieurs les propriétaires." Le conseil vote une somme de 350 francs pour le paiement de l'année 1843.

Le 15 janvier 1843, le conseil autorise "l'échange d'un petit terrain communal bordant le cimetière, contre une autre petite parcelle de terrain attenant à la Mairie et appartenant au Sieur Drouineau Guillaume, tailleur d'habits." Il est également prévu d'établir une clôture en forme de hangar, élevée derrière la mairie.

Le 21 mai 1843, il propose de "faire changer l'inscription du sceau de la mairie où il y a Bouillac au lieu de Bouliac qui est le véritable nom de la commune." (souligné dans le texte). Cette demande sera réitérée par le conseil dans sa réunion du 18 mai 1845 puis dans celle du17 mai 1846.

Le 2 mai 1844, il part en guerre contre " les animaux malfaisants ou furieux" : il décide que du 6 mai jusqu'au 1er novembre "il sera jeté dans les places publiques et chemins des viandes empoisonnées".

Le 10 août, il s'occupe des cabaretiers et aubergistes dont les clients devaient perturber l'ordre public ! Il fait publier l'arrêt suivant :"Tout cabaretier, aubergiste ou chef d'établissement public est tenu de faire vider les lieux et à fermer les portes de son établissemnt à 10 heures du soir, à dater du du 22 mars au 21 septembre, et à 8 heures du soir à dater du 22 septembre au 21 mars de chaque année. Les dites portes ne pourront être ouvertes au public : pendant la première période (la belle saison) avant 5 heures du matin; pendant la seconde (l'hiver) avant 7 heures du matin. Toute espèce de jeu de hasard est également interdit dans les mêmes locaux. il est défendu les jours des dimanches et fêtes reconnues par la loi, pendant l'office divin, de faire du bruit à la porte de l'église ou de s'y livrer à des jeux de nature à troubler l'exercice du culte."

Le baron Travot 1846-1870
Le maire de la nouvelle côte !

 

Sa présentation par l'abbé Pareau

"M. Travot possédait le domaine de Terrefort, dont le vaste parc se déploie, vers le nord-ouest, sur les dernières pentes du coteau, et forme au dessus du château un immense massif de verdure. Ce domaine composé de vignes, de prairies, d'agréments, d'un grand potager, de nombreuses dépendances, de bassins d'eau vive descendant de la côte, a été, pendant ce siècle, la propriété successive, par voie d'héritage, de
MM. Gauthier, pair de France, Baron Travot et Jurine; puis, par voie d'achat, de M. Jussine et de
M. Adhémard de Saulanié de Sainte-Croix, qui le possède actuellement. M. Jussine n'était ni plus ni moins que le frère de M. Jurine, mais ne voulant avoir, pour d'excellentes raisons, avec lui rien de commun, il fit modifier légalement son nom.

Le 4 septembre 1870, l'empire fut renversé, et la République Judéo-maçonnique, qui portait dans ses flancs pour les vomir sur la France la haine de Dieu, les scélératesses du Panama, les hontes du dreyfusisme, les futures horreurs de l'anarchie, fut proclamée, MM. Travot et Cardonnel se démirent de leurs fonctions."

Notice biographique

 

Baron Travot (Marie-Victor) est né le 7 octobre 1810 et mort à Paris le 11 novembre 1882. Il est le second fils de Jean-Pierre Travot qui fut créé baron d'empire le 3 février 1813. Il avait 6 ans lorsque son père fut condamné à mort ( 20 mars 1816) pour crime de rebellion et pour avoir engagé les citoyens à s'armer contre les Bourbons. Sa mère et son frère, après de nombreuses démarches, obtinrent sa grâce en 1820. Mais les épreuves subies avaient dégradé sa raison et il mourut fou, dans une maison de santé, à Montmartre, le 7 janvier 1836.
Marie-Victor Travot s'engagea en 1830, fit plusieurs campagnes en Afrique et devint capitaine de cavalerie, officier d'ordonnance du Maréchal Soult (1841) et chevalier de la Légion d'honneur. Il donna sa démission en 1842 et se retira dans sa propriété de Bouliac (Terrefort) dont il devint maire (1846-1870).

Conseiller général du Canton de Carbon-Blanc (1852-1876), et rallié à la politique du Prince Napoléon, il fut successivement élu député au Corps législatif, comme candidat du gouvernement, dans la 2ème circonscription de la Gironde:
le 20 février 1852 par 18 282 voix (19 014 votants, 38 406 inscrits)
le 22 juin 1857 par 14 489 voix ( 17 505 votants, 30 549 inscrits) contre 2 889 à M. Bellet des Minières
le 1er juin 1863 par 15 270 voix ( 20 814 votants, 33 010 inscrits) contre 5 415 à M. Larrieu, ancien représentant.
Officier de la Légion d'honneur du 13 août 1884, M. Travot siégea constamment dans la majorité dévouée à l'empire. Ayant échoué aux élections du 24 mai 1889, avec 13 322 voix contre 15 446 à M. Larrieu, candidat de l'opposition, il renonça aux affaires publiques.
Son épouse, Marie Thérèse Emilie Gautier, née en 1820, est décédée le 10 septembre 1867 à Arcachon.

Les élections de 1846

Un extrait de la liste des électeurs censitaires de la commune
On y trouve des informations sociologiques très intéressantes : profession, domicile, total des impositions payées dans la commune

 

Le serment du Maire

"L'an mil huit cent quarante six, le treize septembre, à dix heures du matin
Nous soussignés, membres du conseil municipal de la commune de bouliac, canton de Carbon-Blanc, arrondissement de Bordeaux, légalement convoqués et réunis dans la salle de la Mairie, pour recevoir de M. Travot (Baron) Victor-Marie, chevalier de la légion d'honneur, nouveau Maire en vertu de l'arrêté de M. le Préfet de la Gironde, en date du cinq de ce mois, le serment prescrit par la loi du 31 août 1830, lequel est ainsi conçu : "Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume."
en conséquence, M. Travot a pris, possession des archives de la Mairie, et M.  Bordelais en a été déchargé.

Fait à la Mairie de Bouliac, lesdits jour, mois et an que dessus."

Le 14 mai 1848 voit apparaître les citoyens et le citoyen maire. Que s'est-il passé ? La IIème République a été proclamée le 27 février 1848 au pied de la colonne de la Bastille !

Les résultats des  élections des premiers conseillers municipaux de la IIème République pour 108 votants.


Le  6 août 1848
, les 12 conseillers élus se sont réunis pour élire leur maire. "Le citoyen Travot Victor ayant obtenu 11 suffrages contre un a été proclamé maire."

Le Conseil municipal du 11 mai 1854

Le Conseil municipal du 10 mai 1855

Le Conseil municipal du 12 mai 1857

La création du garde-champêtre est différée

En 1860, la commune de Bouliac n'est pas dotée d'un poste de garde-champêtre.
Le 20 mai 1860, le Conseil décide, à l'unanimité, de différer la création d'un garde-champêtre . Pour quelle raison ? Deux mille francs sont nécessaires pour couvrir des dépenses indispensables sur le budget de 1861. La prudence s'impose donc afin d'éviter une nouvelle aggravation des impôts.
 

Article extrait de l'encyclopédie Wikipedia

 

 

 

Le 11 août 1861, le Conseil réitère le report de cette création en détaillant les lourdes charges imposées au budget de1861 : "reconstruction d'un mur de l'église communale menaçant ruine", subvention de trois mille six cents francs pour la part contributive de la commune au rachat du péage du Pont de Bordeaux, "pertes énormes par l'effet de la gelée".
Le garde-champêtre ne réapparaîtrat, dans les archives communales, qu'en 1884

 

Le 12 août 1860, le baron Travot nommé de nouveau maire (et non élu par les conseillers comme en 1848) a prêté serment en ces termes : " Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l'Empereur."

Une anecdote racontée par Gustave LABAT (Paris, le 17 janvier 1912)

J’en ai vu chavirer plus d’une…
Pour terminer cette petite étude, je veux citer un exemple dont je fus témoin :
C’était avant la guerre franco-allemande, en 1863 ou 1865, par un après-midi splendide de juillet et une brise molle à ressaut de fraîcheur, comme on en éprouve souvent au voisinage de la grande mer.
M. le baron Travot, capitaine d’artillerie, fils du général pacificateur de Vendée, était en villégiature à Arcachon ; il embarqua avec une nombreuse et élégante compagnie de dames dans une pinasse pour faire une promenade sur le bassin. En fidèle du yachting, il saisi la barre, le marin poussa, sauta dans la barque et prit place à l’avant ; on partit. Tout alla bien à d’abord ; la pinasse glissait sur miroir du bassin, à deux cents mètres environ du bord de la plage, à l’abri des pins du littoral, lorsque tout à coup, en arrivant en face du garde-feu formé par l’allée de la chapelle Notre-Dame, une risée subite surprit les promeneurs et coucha à demi l’embarcation, qui s’emplit à moitié !… Heureusement, la voile en forte toile fit l’effet d’une poche et tint la pinasse chavirée sur le côté, donnant ainsi le temps aux bateaux voisins d’accourir au secours des pauvres dames affolées, qui poussaient des cris de terreur, et de leur imprudent pilote, qui apprenait à ses dépends qu’il faut toujours tenir l’écoute à la main pour la filer…au lieu de l’amarrer au cabillot…

M. le baron Travot ignorait le dicton breton :
« Qui veut vivre vieux marin doit saluer les grains et arrondir les pointes. » Ainsi finit cette partie de plaisir.

Une évaluation de la population bouliacaise qui pose problème !

Dans l'étude France.Ministère de l'agriculture (1881-1916). Enquête agricole on peut lire page 348 : "M. le Baron Travot constate que, dans la commune de Bouliac, le nombre des habitants, depuis trente ans s'est élevé de 300 à 350." Or, les relevés de l' INSEE montre que la population de Bouliac a toujours été supérieure à 522 habitants depuis l'année 1800. Erreur d'impression de l'enquête ou erreur d'écriture de l'auteur ? Quoi qu'il en soit les chiffres proposés par le Baron Travot ne sont pas acceptables.

M. Jurine 1870-1871
Le maire de la côte neuve

Il est nommé maire par arrêté préfectoral du 19 septembre 1870. Il se démit de ses fonctions le 5 janvier 1871.

Le 26 octobre 1870, le conseil se réunit en présence, de son nouveau maire M. Jurine .

Il est "expédié" en une ligne par l'abbé Pareau, et on comprend pourquoi en lisant cette ligne dont les trois derniers mots tombent comme une condamnation !
"M. Jurine, gendre de M. Travot, lui succéda et se démit en 1871.  Il était protestant". Ce qui n'empêcha pas le conseil municipal de voter, le 5 janvier 1871, "sur la proposition de M. l'adjoint ... des remerciements à M. Jurine pour les bons soins qu'il a donnés à l'administration de la commune pendant la durée de ses fonctions."
Il n'avait sans doute pas oublié, comme l'abbé, le rôle déterminant que le gendre de M. Travot joua dans la construction de la côte neuve.

 

M. Georges de Buhan 1871-1872

"M. Georges de Buhan, adjoint, remplaça M. Jurine et se démit à son tour le 5 avril 1872.
Il possède le beau domaine de Benonville, situé au bord de notre rivière entre le domaine Exshaw et le domaine Godefroy, propriété de MM. Emile et Jean Maurel. Belle habitation, beaux ombrages, vignes rouges" (Abbé Pareau)

On peut lire dans une délibération du conseil municipal du 4 décembre 1870 les remerciements adressés à M. de Buhan, adjoint, "dont la générosité vient de munir le sentier de l'Ermitage d'une barrière, solidement établie qui mettra désormais à l'abri de dangers réels". L'abbé Pareau a "vu cette barrière, non moins élégante que solide, se briser peu à peu sous le pied et sous la main des passants, les uns brisant pour savourer le stupide plaisir de mal faire, les autres pour ajouter ... à leur feu".

Vandalisme et vol sous la troisième république ! Notre siècle n'a donc rien inventé !

 

 
 

On pourra lire la généalogie complète de la famille Buhan, publiée en 1897, en utilisant le lien ci-dessous :
gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55393604

Georges de Buhan
Château de Benonville,
235 hectolitres de vin en 1874
Extrait de Revue d'Aquitaine, Volume 12, page 374

                 

Le 15 octobre 1871, peu de temps après sa nomination, le conseil le charge de contrôler le "peu de travail que fait le cantonnier sur les chemins vicinaux". Le maire décide de donner à ce cantonnier "un livret sur lequel il sera tenu de constater jour par jour le travail qu'il fera sur ce livret

L'enquête agricole publiée par le Ministère de l'Agriculture (France. Ministère de l'Agriculture (1881-1916). Enquête agricole, pages 349 et 350)) nous donne des informations très précises sur la culture de la vigne dans son domaine de Benonville à la fin du XIXème siècle.

 

Mais...

Que reste-t-il du château de Benonville en 2012 ? Pratiquement rien comme le montre la photo ci-contre (empruntée au site de la Mairie de Bouliac) qui nous donne à voir les vestiges des bâtiments d'exploitation de ce vaste domaine qui comptait 33 hectares et 33 ares de vigne.

 

Jean Hugla 1872-1878
Le maire qui n'a pas fait construire  la deuxième mairie et les écoles
L'ami de l'abbé Pareau

Ses élections

Il est élu le 23 juin 1872, au premier tour de scrutin, avec 8 voix contre deux pour M. Papon.
Le 13 février 1873, "M. Hugla fait part au conseil qu'il a reçu un arrêté de M. le Préfet de la Gironde le confirmant dans ses fonctions de Maire."
Il est réélu le 8 octobre 1876 , au premier tour de scrutin, avec dix voix contre une voix pour M. Giard.
Il est réélu le lundi 10 janvier 1878, mais de justesse! Regardez les résultats pour les 137 votants de la commune :


MM. Drouineau et Jucla recueillent 136 voix contre 137 pour M. Hugla qui gagne donc son écharpe de maire grâce à  un écart infime!

Le 17 février 1878, il donne lecture de la lettre de démission de M. Castaignet par laquelle il fait savoir qu'il ne peut accepter de faire partie du conseil par suite de sa nomination dans la commune de Asques. Il lit également la lettre de Maurice Fournier qui remercie les électeurs de l'avoir élu "mais il ne peut accepter cet honneur."

Le 17 novembre 1878, il informe le conseil qu'il a envoyé sa lettre de démission de maire au préfet et remet à M. Héliot les documents reçus depuis la dernière séance.

Le 6 décembre 1878, M. Héliot communique au conseil la lettre de démission de M. Deffès.

Le 29 décembre 1878, M. Hugla est réélu maire avec 8 voix contre 1 pour M. Baudet, MM. Hugla et Drouineau étant absents non excusés.

Le 10 mai 1884, M. Hugla sera réélu maire avec 10 voix contre une à M. Giard.

Son oeuvre

Le 4 août 1872, il doit faire face au problème posé par le cantonnier. En effet, un conseiller se plaint "du peu de travail que fait le cantonnier, travail qui va diminuant de jour en jour. Le maire répond qu' il est malade et hors d'état de travailler, le conseil décide de chercher une solution : faire entretenir les routes à forfait ou trouver un nouveau cantonnier.

Le 10 novembre 1872, le travail du cantonnier Baillou est à nouveau mis en cause; un conseiller demande "que sans plus de retard il soit remplacé tout en lui donnant quelques mois pour se trouver de nouvelles occupations." Le conseil demande à connaître, lors de sa prochaine réunion, la décision prise "car une plus longue tolérance à l'égard d'un cantonnier qui ne fait pour ainsi dire rien pendant plus de la moitié du temps occasionne à la commune une dépense qu'elle ne peut pas faire."

Le 26 décembre 1872, le sort du cantonnier est réglé : à partir du 31 mars 1873, il ne sera plus employé de la commune comme cantonnier, "le conseil ne peut qu'approuver la détermination que vient de prendre l'administration." Le nouveau cantonnier Duchamp sera payé 930 francs par an et il devra tout son temps à la commune. Le 9 novembre 1873, celui du fossoyeur sera réglé, lui aussi, avec détermination. Le maire "fait part au conseil qu'elle a changé le fossoyeur, l'ancien fossoyeur avait reçu plusieurs fois des observations sur la manière dont son travail était effectué, il n'a jamais voulu se rendre à nos observations, il a été remplacé par un nommé Vincent ..." Mais, le 13 août 1876, un conseiller signale la mauvaise tenue du cimetière, le maire lui répond qu'il va recruter un fossoyeur qui sera chargé en même temps de l'entretien du cimetière.

Le 11 février 1877, il met en place les nouveaux tarifs du cimetière et maintient M. Rey, fossoyeur au cimetière, qui percevra les prix retenus pour les inhumations et les exhumations et exécutera les travaux suivants : inhumation dans les fosses, faire les fouilles de la fosse, aider à descendre le cercueil, et remplir la fosse de terre. Il lui est interdit "sous peine de destitution, de faire ou permettre qu'il soit fait, sous quelque prétexte que ce soit, aucune exhumation, aucun enlèvement ou déplacement de cadavre ou d'ossements autres que ceux ordonnés par la police judiciaire ou l'autorité municipale à la requête des particuliers."

Le 9 février 1873, le maire compare l'état des chemins dressé en 1825 (le plus ancien trouvé dans les archives) à celui dressé en 1854.
Le chemin n° 1 (chemin des Collines, n'a connu qu'une modification : l'intersection avec la ligne du chemin de fer Bordeaux-La Sauve.
Le chemin n° 2, longueur 2110 mètres, largeur 3 mètres, part de la place et monte à Brousse et débouche à la Belle-Etoile.
Le chemin n° 3, longueur 1227 mètres, largeur 5 mètres, c'est le chemin de la Matte.
Le chemin n° 4, chemin de Rousseau ou la Gisquette, partant de Salles a été vendu en 1868 à M. Cruse.
le chemin n° 5, le chemin de Salles qui a été modifié par la côte neuve.
Le chemin n° 6, longueur 450 mètres, largeur 5 mètres, du canton du Piquet à la croix de Lardit, chemin qui a une rigole pavée.
Le chemin ° 7, longueur 740 mètres, largeur 5,50 mètres, du canton du Piquet à Robardeau.
Le chemin n° 8, longueur 570 mètres, largeur 2 mètres, sentier de la côte.
Le chemin n° 9, longueur 1850 mètres, largeur 3 mètres, de Monjouan à la croix et au ruisseau qui sépare a commune de Bouliac et celle de Carignan.
le chemin n° 10, longueur 350 mètres, largeur 2 mètres, de la place du télégraphe à la route départementale, ou chemin de l'Ermitage.
Le chemin n° 11, longueur 1089 mètres, largeur 7 mètres, chemin de Mélac.
Le chemin n° 12, longueur 100 mètres, largeur 6 mètres, chemin de Paté.
Le chemin n° 13, longueur 980 mètres, largeur 6 mètres, le chemin de Malus.
Le chemin n° 14, longueur 112 mètres, largeur 6 mètres.
Le chemin n° 15,  longueur 455 mètres, largeur 3 mètres, chemin de Malus à Fourney dit Passarieu.
Le chemin n° 16, longueur 148 mètres, largeur 2 mètres, chemin de la Fue.
Le chemin n° 17, longueur 207 mètres, largeur 4 mètres, chemin de Vandame chez Mme Daval.
Le chemin n° 18, longueur 1830 mètres, largeur 1,33 mètre, sentier de Vimeney, prenant du chemin n° 1 à celui de Pérignon.
Le chemin n° 19 , longueur 200 mètres, largeur 3 mètres, chemin de Crabot, partant de la Pate allant au ruisseau.
Le chemin n° 20, longueur 86 mètres, largeur 3 mètres, chemin de Pichey.
Le chemin n° 21, longueur 200 mètres, largeur 2 mètres, chemin de la Caussade.
Le chemin n° 22, longueur 228 mètres, largeur 6 mètres, chemin de Rouhier.
Le chemin n° 23, longueur 528 mètres, largeur 1 mètre, sentier de Malus.
Le chemin n° 24, longueur 450 mètres, largeur 3 mètres, chemin de Fourney.
Le chemin n° 25, longueur 478 mètres, largeur 1 mètre, sentier de Brousse. en 1854, ce sentier est impraticable, il est entièrement obstrué par les ronces et bois.
Le chemin n° 26, longueur 472 mètres, largeur 7 mètres, chemin de Canibret (?) partant de celui de la Belle-Etoile descend jusqu'au ruisseau qui sépare
                         Carignan de Bouliac.
Le chemin n° 27, chemin de la Bardasse, qui du chemin de Monjouan monte la côte entre M. Abria et Mme Levif.
Le chemin n° 28, chemin de Macanan, qui part et monte de la croix de Lardit au canton du Piquet.

A ces chemins ruraux il faut ajouter les chemins vicinaux : le chemin des Collines (1400 mètres), le chemin de la côte du Piquet (920 mètres), le chemin de la Belle-Etoile (3050 mètres) , le chemin de Salles (960 mètres).

Le 12 mai 1878, il met sur la table le dossier de la construction de la deuxième mairie ! Mme Veuve Sensine a fait don à la commune d'une somme de cinq mille francs pour "l'amélioration des écoles et la réparation à la mairie. "Il pense qu'il y aurait lieu de faire une construction avec un premier étage (je souligne !), afin de pouvoir augmenter la superficie des salles de classe et construire deux appartements destinés à loger l'instituteur et l'institutrice afin que le cas échéant la commune ne se trouvât pas dans la nécessité de payer des frais de location pour l'instituteur et l'institutrice."  Les architectes Bouluguet et Gérard de Bordeaux feront le plan et le devis de la reconstruction de la mairie et des salles de l'école "en utilisant les constructions déjà existantes." Ce plan et ce devis "devront être soumis au conseil le plus tôt possible."

Généreusement, l'abbé Pareau nous offre trois pages pour ce maire, mais en le lisant on comprend la raison de cette générosité : il en avait vraiment gros sur le coeur !!! Je vous laisse apprécier !
"M. Hugla, élu maire en 1872, administrateur intelligent, très actif, éminemment pratique, possédait à fond la question du bâtiment qui, depuis sa jeunesse, n'avait cessé d'être le sujet de ses études ; il y avait réalisé sa belle fortune.
Il fut pendant douze ans mon conseil, mon très loyal ami, et, si l'église a reçu, pendant ces douze années d'heureuses améliorations, il en a la gloire. Je lui disais simplement : "Soyez la tête, nous serons la bourse." Construction de la première sacristie , carrelage du sanctuaire, redressement des murs de la nef, confessionnal, ces travaux importants et réussis se sont faits sous sa direction unique. La Fabrique a payé, et c'est tout ; ce tout est nécessaire, mais ne suffit pas pour faire bien.
De son côté, M. Hugla considérant que j'étais quoique prêtre, citoyen payant l'impôt, que les idées saines, généreuses, pratiques peuvent se loger même sous une calotte, me faisant part souvent de ses projets, et, naturellement, c'était pour nos chers républicains un motif de dépit secret. Un maire clérical, et un enragé clérical ami du Maire, jugez donc, c'était un cas pendable, et seuls des torrents de bave immonde étaient capables de me faire expier ce forfait. On me le fit bien voir. Heureusement que les coups de Bat-La-Dêche et autres marquis étaient de ceux qu'on méprise.

Un jour, M. Hugla me dit aimablement : "J'ai acheté sur le camp de foire sept mètres de grille pour remplacer l'abominable costière. -- Vous me plaisantez, lui répondis-je, soit ; vous n'avez point l'étrenne. Eh ! bien, je vous dis sérieusement que si vous bâtissiez le mur qui doit supporter ces sept mètres de grille et le reste .... je vous ferais donner par la Fabrique 500 francs !"
Il me prit au mot, et nous avons le mur et la grille qui mesurent, en effet, sept mètres et un peu plus.

M. Hugla voulait parmi nous l'union, la paix. Le malheur des temps lui imposa la lutte. La République ne sera jamais la paix, parce qu'elle n'est que le gouvernement d'un parti, d'une secte, la pire de toutes, la Franc-maçonnerie. Là se groupent, en haut, Juifs, Libres penseurs, en bas, tout ennemi du capital, de la société, de l'armée, de la religion et de Dieu, pour molester, ennuyer, persécuter ceux qui aiment l'ordre, ceux qui croient et qui veulent encore de Jésus-Christ et de son Eglise, et la France n'est plus faite que de partis qui se détestent.

M. Hugla soutint vaillament l'attaque.

L'adversaire était M. Castaignet, et, à la suite de ce Bat-La-Dêche, nous avions le chagrin de voir marcher, sous prétexte d'opinions semblables, des hommes fort honnêtes.

La lutte s'ouvrit en 1878 par une manoeuvre perfide. Homme loyal, M. Hugla crût, à l'occasion des élections municipales, à la promesse qu'il n'y aurait pas de liste de candidats, que les électeurs laissés à eux-mêmes viendraient librement, sans pression d'aucune sorte, voter sue les noms bien connus des conseillers sortants. Il me fit part, tout joyeux, de cet engagement. Je lui répondis : "La loyauté M. le Maire, est chez vous profonde, mais elle tend de plus en plus sous l'action du virus républicain, à devenir une vieille défroque. Je souhaite qu'il n'y ait pas un serpent caché sous la promesse qui vous enchante et qui m'alarme."

Le serpent y était. La veille de l'élection, à trois heures du soir, une liste circula soudain : en tête le nom d'Hugla, mais les noms suivants, à part quatre, n' étaient point ceux des anciens conseillers.

Le tour félon dont le maire trop loyal était victime, était, en outre, malhonnête. Il n'est point permis de porter sur une liste électorale, quelle que soit sa couleur, un candidat, sans son consentement préalable et formel. Notre nom, autant que notre personne, est une chose sacrée et nul ne doit y toucher, sans nous. D'autre part, il peut déplaire à un homme, républicain ou royaliste, qu'importe ? de se trouver en compagnie d'un autre homme qu'il considère, à tort ou à raison, comme une franche canaille. Et qui donc, à moins d'être un drôle, peut s'arroger le droit de lui imposer ce contact !

Une majorité de surprise et naturellement républicaine arrivait à la mairie.
Elle élut Hugla maire, mais quelques mois après, à l'élection du délégué sénatorial, elle estima qu'Hugla bon à la peine, était impropre à l'honneur et elle le mit au rancart. Hugla se démit, secoua même la poussière de ses pieds sur le seuil d'une assemblée qui mettait si peu de suite dans ses actes. Nos sept, avant d'élire un nouveau maire, durent compléter le conseil réduit à onze membres. Une élection se fit sur un candidat unique, M. H. Deffés, propriétaire du Pian. Il eut toutes les voix, sauf la voix nécessaire, indispensable, la sienne. Nos sept -- cherchez le qualificatif -- n'avaient pas même pris la peine de voir M. Deffés et de lui demander s'il accepterait de faire partie du conseil.

M. Deffés refusa le mandat, et, pour en finir avec cet humiliant imbroglio, nous arrivons au nouveau maire, M. Ramon ...

Les élections de janvier 1881 ramenèrent M. Hugla et huit de ses amis. Il reprit ses anciennes fonctions, ayant M. Eugène Bouluguet pour adjoint, et les continua jusquen 1891, époque de sa mort.

Deux ans avant, quelques sournois prudemment cachés dans la coulisse avaient trouvé le moyen de faire de M. Hugla mon ennemi. Je ne rappellerai points les petites misères, mesquines vengeances, qu'il me fit ou qu'il voulut me faire. Il est mort; respect à sa tombe.

Malgré mes implacables ripostes, je ne cessai pas de l'aimer. J'assistai aux belles obsèques de ce vieil ami, dans l'église St-Paul ; sa digne veuve me fit offrir un des glands du char funèbre ; huit jours après, de ma propre initiative, je célèbrai dans notre église un service solennel pour le repos de son âme.

Brave homme ! Il s'était dépensé aux intérêts de la commune, lui avait donné pendant vingt ans son intelligence, son activité, son temps qu'il ne marchandait pas, et combien furent-ils aux pieds des saints autels pour verser, le jour du service, une prière sur son âme désolée ? Combien ? Pas 30 !!!

Vanité, vanité, suprême sottise que le dévouement, si N. S. Jésus-Christ n'en est pas le principe, le motif et la fin.

M. Hugla possédait le domaine de Monjoan, au midi à cent mètres du village ; il appartient aujourd'hui à M. Alfred Maître, architecte. Belle maison, prairies et bosquets."

L'abbé Pareau ne pouvait pas ignorer le fait que le projet de la construction de la deuxième mairie est née avec l'administration de M. Hugla. En effet, le 12 novembre 1876, le maire informe le conseil qu'une circulaire de Mr le Ministre pour l'école(1) exigeait diverses modifications pour l'école des garçons qui "ne remplit pas les conditions voulues d'hygiène, de plus il faudrait une cour pour y tenir les enfants pendant les récréations et les sortir de la voie publique où l'on ne peut les surveiller". Un certain remaniement et reconstruction partielle de la Mairie s'imposent, ce qui "soulèverait la question du logement de l'instituteur et de l'institutrice que leur doit la commune."

(1) Je souligne le fait que ce projet a été initié par des exigences ministérielles de 1876, on ne peut donc l'imputer, comme certains bouliacais le font en 2010, à une initiative du maire Hugla ou de son successeur M. Ramon.

Les élections du 10 dix janvier 1878

 

Le 17 novembre 1878, M. Hugla informe le conseil qu'il a envoyé sa lettre de démission au Préfet. Que s'est-il passé dans les jours suivant ? Ce que l'on sait de façon indiscutable, c'est que le 15 décembre M. Héliot, faisant fonction de maire, déclare M. Castaignet fils comme nouveau membre du conseil qui est aussitôt élu comme secrétaire et que la lettre de démission de M. Deffès (datée du 14 décembre 1878), nouveau membre du conseil, est communiquée au conseil. "A l'unanimité, le conseil émet l'avis qu'il n'y a pas lieu actuellement d'accepter cette démission."  Castaignet fils c'est "ce Bat-la Dêche" qui provoquait de violentes crises de colère haineuse chez l'abbé Pareau.

Le 29 décembre 1978, le conseil choisit son maire: M. Hugla (absent non excusé) est élu avec 8 voix contre une pour M. Baudet.
Le 19 janvier 1879, le conseil doit à nouveau se donner un maire car M. Hugla a rejeté l'élection précédente. M. Giard est élu avec 8 voix contre une pour M. Héliot.

Rebondissement le 9 février 1879 : M. Giard, élu maire le mois précédent présente sa démission. M. Ramon, est élu au premier tour avec 5 voix sur 8 votants !

 

 

M.  Jean Ramon 1879 - 1881
Marchand-tailleur

Le maire de la deuxième mairie, élu le 9 février 1879

Qui était Jean Ramon ?

 Voici la réponse de l'abbé Pareau : "Il était tailleur de son état, et de plus frère     . . .   points. Au reste pas méchant, plutôt débonnaire, spécialement bon pour signer. Nos rapports officiels, les seuls du reste que nous  eûmes   ensemble,  furent toujours empreints d'une parfaite courtoisie."


Je rappelle ici la vision du franc-maçon de l'abbé Pareau : "Les trois  . . .  placés entre les deux barres qui paraphent invariablement sa signature dans nos registres municipaux nous révèlent qu'il était franc-maçon. Le pauvre esprit humain a beau, dans son fol orgueil, se déclarer indépendant, il croit toujours à quelque chose, au démon, quand il se refuse à Dieu, aux ridicules simagrées des loges, quand il rejette la divine Victime du Calvaire et de l'autel".

Quelle fut son oeuvre ? 
 La réponse de l'abbé Pareau : " M. Ramon à l'oeuvre .... oeuvre de malheur. L'écharpe ne confère pas la capacité."
L'abbé a dû tourner sept fois son porte-plume dans l'encrier avant de ne pas écrire que Jean Ramon était un incapable !!!

Le 16 février 1879, M. Ramon réunit son conseil, sept conseillers seulement sont présents dont M. Hugla et Giard qui ont refusé la charge de maire antérieurement. M. Giard est élu secrétaire de séance. Le maire, étant nouveau dans l'administration propose au conseil de permettre que le secrétaire assiste  aux séances. Cette proposition est acceptée par 5 voix contre deux. M. Hugla et Giard protestent et M. Giard se démet de sa fonction de secrétaire de séance ! Ces détails nous laissent deviner que la tension règne au sein du conseil. Le maire donne alors lecture de la déclaration suivante, que je rapporte intégralement car son contenu éclaire d'un jour bien différent  le récit partisan de l'abbé Pareau.

Messieurs,
Dimanche dernier vous m'avez fait l'honneur de m'appeler à la tête de notre municipalité ; j'accepte provisoirement d'administrer la commune.
L'avènement du nouveau maire ne changera rien dans la marche de l'administration ; tout se fera comme à l'habitude, excepté la plantation d'un pin que bien des personnes désintéressées m'ont déjà offert de mettre en place, quoique le terrain manque chez moi, à Bouliac, pour cet objet.
Mais, Messieurs, une cérémonie de cette nature est généralement la manifestation extérieure de la joie qu'on éprouve à l'arrivée d'un nouveau Maire. Or, qu'arrive-t-il ? Le drapeau qui surmonte l'arbre ne tarde pas à céder au vent qui l'agite et le pin lui-même que la sève n'alimente plus ne résiste pas davantage aux efforts de l'ouragan; de sorte que cette plantation traditionnelle du pin est plutôt un emblème de décadence que le vrai symbole de la joie durable et de l'estime réciproque.
Dans ces conditions, Messieurs, vous comprendrez aisément combien peu ma vanité aura à souffrir de la suppression d'une telle cérémonie.
Cela dit, il demeure bien établi, que je ne cède aux voeux du Conseil que parce que personne plus, ici, n'a voulu se charger de remplir les fonctions de Maire, notamment M. Hugla et M. Giard que nous avons déjà nommés, et qui, malgré nos supplications, se sont empressés d'adresser leurs démissions à M. le Préfet.
Je termine, Messieurs, la bonne volonté ne me fera pas défaut pour m' acquitter au mieux de ma tâche ; mais si mon aptitude trahissait mes efforts, j'espère, Messieurs, que le bienveillant concours du Conseil y suppléerait dans une telle mesure que tout marchera comme par le passé."

Cette déclaration est très intéressante : elle nous apprend que, contrairement à ce qu'affirme avec hargne l'abbé Pareau, M. Ramon n'est pas élu maire par un stratagème honteux. En effet M. Ramon  y affirme publiquement, en présence des deux maires démissionnaires Hugla et Giard, que son élection résulte de leur démission malgré les "supplications" des conseillers.
Au cours de cette séance, le conseil demande "que l'on appelle le plus tôt possible M. Bouluguet, architecte à Bordeaux, pour dresser les plans à soumettre à l'approbation du Conseil, puis à celle de l'autorité compétante." En outre, M. Héliot est chargé par le conseil "de faire planter sur la place  Chevelaure un arbre de son choix." Pourquoi ? Le compte rendu est muet sur ce point. Enfin, le conseil "insiste fortement pour que M. Guignard, fabricant d'horloges à Bordeaux, soit requis de venir réparer et mettre en mouvement les aiguilles de l'horloge du clocher."

Le 2 mars 1879, "le maire propose de voter un secours de cent francs en faveur des inondés de la Garonne dans notre département ", proposition adoptée à l'unanimité. En ce qui concerne Bouliac, il propose de nommer une commission pour estimer les dégats causés par l'inondation, et pour répartir aux plus nécessiteux, les secours dont elle pourra disposer. La souscription commencée pour secourir les inondés sera poursuivie à domicile."


Lisons maintenant le chapitre XXV de l'ouvrage de l'abbé Pareau, intitulé Une inondation, qui nous permettra de voir à l'oeuvre son fiel antirépublicain.
"L'inondation de notre palus, chose rare, Dieu merci, ne peut se produire que par le concours, le même jour et à la même heure, de trois causes : une rivière déjà grosse des eaux d'amont, une très forte marée et un vent de tempête.
C'est ce qui arriva, le 20 février 1879, vers trois heures de l'après-midi. Le flot poussé par un vent furieux sur notre rivière qui coulait à pleins bords se dressa géant sur les bancs de sable qui gisent à la pointe de l'île, et, me trouvant accidentellement devant l'église, je le vis s'affaisser et rouler, houle vaste et profonde, vers les berges et les franchir. Ce fut alors un spectacle effrayant que cette masse d'eau courant sur notre plaine, comme un torrent déchaîné. Un moment, elle s'arrêta contre la digue de la voie ferrée, puis elle bondit et, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle arrivait au Marais et s'y entassait jusqu'à la hauteur des échalas.
Les palus en amont étaient déjà sous l'eau jusqu'à Quinsac. L'inondation du coup s'étendit de Quinsac à la Bastide, immense mer dont l'aspect monotone et triste affligea nos regards pendant une douzaine de jours.

Nos paludéens furent, on le devine, très épouvantés par cette invasion subite des eaux. Heureusement, il n'y avait, épars ça et là dans les vignes, que quelques hommes, qui purent gagner au galop le premier étage de leurs maisons. Ceux de Médoux durent se blottir dans un galetas grand comme six fois la main.
Le lendemain, des barques vinrent de Bordeaux porter secours aux inondés, qui gagnèrent pour la plupart la côte et qui n'eurent, au demeurant, d'autre mal que la peur.
Et néanmoins l'Administration-Ramon ouvrit pour eux une souscription. Comme il ne s'agissait pas évidemment de dédommager nos grands propriétaires, il ne pouvait être question que d'une dizaine de prixfaiteurs
 ̶̶  la palus alors n'en comptait pas davantage  ̶̶  dont les chaises, les tables, les buffets, avaient pris, sans de graves altérations, un bain de pieds.
Oh ! braves gens, soit. Mais pourtant inonder la côte pour "désinonder" la plaine, causer un vrai dommage en haut pour n'en réparer à peu près aucun en bas, c'était bien d'un naïf cela, à moins que ce ne soit l'oeuvre d'un habile, le tour d'un maître.
Il est certain que je commis la sottise de m'inonder de 25 francs.
D'après le régistre municipal, 13 février 1881, la recette aurait atteint le chiffre de 1557 francs. S'il n'y a pas d'erreur, il faut convenir que ce n'est point là de la petite bière, non, non.
Mais j'ai vainement cherché la note détaillée de la distribution de ces 1557 francs.
Qui la connaît ?
Qui la possède ?
Je ne nie pas son existence; je voudrais seulement la voir."

Je suis au regret de constater que l'abbé n'a pas la foi ! Il est comme Thomas, il lui faut voir pour croire ! Mais, s'il avait bien cherché dans le registre municipal il aurait pu lire que le maire a décidé "de nommer une commission pour estimer, à Bouliac, les dégradations causées par l'inondation, et pour répartir aux plus nécessiteux, les secours dont elle pourra disposer. MM. Baudet, Serre et Jucla sont nommés membres de cette commission." Pourquoi n'a-t-il pas demandé cette liste aux membres de cette commission ? Il a préféré tremper sa plume dans le vinaigre pour suggérer des agissements frauduleux. Paix à son âme !

 

Délibération du 22 mai 1879 : le conseil examine les plans et devis pour le projet de reconstruction de la Mairie et des écoles. Le conseil décide :
(1) de reconstruire  la mairie et les maisons d'écoles, avec logements pour l'instituteur et l'institutrice
(2) "le sol manquant pour l'établissement des constructions projetées sera pris en avançant sur la place publique du bourg"
(3) "il y a lieu de modifier profondément les plans soumis à l'approbation du conseil".

Remarques : 
                    (1) la mairie sera développée en avançant sur la place car l'espace, derrière la mairie, était occupé par le cimetière et à des bâtiments
                         appartenant à des  particuliers.
                    (2) Des modifications profondes du plan seront demandées à l'architecte responsable.

Le 1er juin 1879, c'est le grand jour : le maire "met sous les yeux du conseil les nouveaux plans de reconstruction de la Mairie et des maisons d'école. M. Castaignet qui a dessiné ces plans en grand sur deux tableaux noirs les explique très clairement jusque dans les moindres détails. M. Hugla les critique vivement. Il soutient surtout cette thèse, de concert avec M. Giard, qu'il n'est pas nécessaire de construire deux escaliers distincts : l'un pour l'Institutrice et l'autre pour l'instituteur.
M. Castaignet répond qu'il serait absolument immoral qu'une jeune institutrice et un jeune instituteur n'eussent qu'une entrée et puissent ainsi se rencontrer dans un même corridor à toute heure du jour et de la nuit. M. Hugla ajoute que l'instituteur et l'institutrice sont des personnages moraux, puisqu'ils sont appelés à enseigner la morale et que, s'ils veulent réellement se rencontrer ils peuvent tout aussi bien se rencontrer ailleurs que dans un corridor.
M. Castaignet répond qu'il ne met nullement en doute la moralité des agents de l'instruction primaire  mais que c'est précisément parce que cette moralité est bonne qu'il faut s'efforcer de la maintenir au même niveau; et que d'ailleurs les rencontres en dehors des bâtiments communaux, auxquelles l'Instituteur et l'Institutrice pourraient se prêter, ne sauraient engager à aucun degré la responsabilité du Conseil."
L'adoption des plans présentés par le maire est votée par sept voix contre une, celle de M. Hugla, M. Giard s'étant retiré avant la fin de la discussion.

Cette discussion montre sans aucune ambiguïté que la lutte Hugla-Giard contre Ramon ne porte nullement sur des points techniques ou sur le coût des travaux; on se préoccupe uniquement des rencontres de l'instituteur et de l'institutrice dans un corridor ! On notera surtout que la hauteur du bâtiment n'est jamais citée , ni la dégradation de la vue sur l'église !!! 

Le 18 juin 1879, le conseil examine les plans et devis adoptés le 1er juin précédent. La reconstruction de la salle de la mairie s'élève à 11 626,06 francs et celle des maisons d'école à 21 498,51 francs. Ces devis sont acceptés à l'unanimité (8 conseillers présents, M. Hugla excusé par lettre).

En juillet 1879, le maire expose au conseil que la reconstruction des écoles amène celle de la salle de la mairie; que les devis s'élèvent à 12 319, 31 francs et il ajoute "ne devons- nous pas, dans la mesure du possible, chercher à seconder les louables efforts que fait le gouvernement actuel pour la propagation de l'instruction primaire ?"

En juillet 1879, le maire donne lecture d'une lettre de M. l'Inspecteur primaire relative aux constructions projetées. Il ajoute que les deux cabinets qui se trouvent à l'est et à l'ouest de la salle de la mairie, portés sur les devis des écoles, feront partie des logements de l'Instituteur et de l'Institutrice : l'Autorité Académique refusait d'adopter les plans sans cette modification. Le conseil approuve à l'unanimité les modifications signalées par M. le Maire.

Le 24 août 1879, le conseil apprend que "l'administration supérieure" trouve les salles de classe trop petites et par  conséquent refuse d'adopter les plans projetés. Le maire a prié l'architecte M. Gérard de les modifier de façon à augmenter de  dix mètres carrés la superficie de chaque classe. Les plans modifiés sont adoptés à l'unanimité. Dans cette même séance, le maire donne lecture de la lettre de démision d'adjoint de M. Héliot.

Le 18 avril 1880, c'est le jour de l'adjudication des travaux : huit soumissions ont été déposées, M. Renouil est déclaré adjudicataire avec un rabais de 13,25 % de rabais.

Le 25 avril 1880, le conseil doit résoudre un problème : où seront installées les écoles pendant l'exécution des travaux ? M. Beyre ayant un local disponible sur la place, le conseil décide d'aller le visiter. Après cette visite, il adopte quelques travaux pour transformer ce local en salle de classe et fixe le montant de la location pour un an.

Le 16 mai 1880, une aubaine se présente : M. Bouluguet, propriétaire du bâtiment qui au sud ferme la cour de récréation de  l'école des filles, et de l'andronne qui sert d'entrée à l'éole des filles, propose de vendre à la commune la mitoyenneté de l'andronne et  celle de tous les murs dont il est propriétaire et qui clôturent la cour de récréation de la classe des filles pour la somme de cinq cents francs. Après discussion, la proposition de M. Bouluguet est acceptée.

Le coup de théatre : au cours de cette séance, le maire lit la lettre de démission de M. Hugla datée du 27 avril, démission acceptée et transmise au Préfet.

Le 14 juillet 1880, on va faire la fête ! Le conseil se réunit le 11 juillet  et fixe le programme de la fête nationale : (1) à sept heures, transport du buste de la République à la Mairie ; (2) à neuf heures feu d'artifice ; (3) grand bal public et gratuit ; (4) illumination des édifices publics.

Remarque : Que s'est-il passé dans le pays pour justifier cette décision bouliacaise ? Le 21 mai 1880, le député Benjamin Raspail a déposé la loi faisant du 14 juillet la fête nationale annuelle en commémoration du 14 juillet 1790 (fête de la Fédération). Cette loi a été promulguée le 6 juillet 1880. Cinq jours plus tard, le conseil municipal de Bouliac organisait cette fête !!!

La fierté républicaine s'affiche !!! Le 22 août 1880, un membre du conseil "propose que les noms des membres actuels de la municipalité républicaine de Bouliac soient gravés sur une plaque de marbre et que cette plaque soit scellée sur l'un des murs intérieurs de la Mairie en construction." Cette plaque, en 2010,  est scellée, à gauche, dans le hall d'entrée. Le conseil adopte cette proposition.

 Il adopte également, à l'unanimité, la proposition "de faire construire une petite prison au commencement de l'ancienne entrée de l'école des filles ...  elle pourrait quelquefois servir d'asile provisoire à certains malheureux qui demandent à loger pour une nuit."

Toujours le 22 août 1880 : le conseil décide, à l'unanimité de demander que la halte du chemin de fer de Bordeaux à la Sauve soit déplacée sur le chemin des Collines. Cette demande s'appuie sur les raisons suivantes : la gare actuelle n'est pas sur la commune de bouliac, cette nouvelle halte serait centrale (ce qui réduirait de de plus de un kilomètre la distance pour s'y rendre), pour se rendre à Bordeaux, la réduction de la distance serait de quatre kilomètres pour l'aller-retour.
Il décide, également à l'unanimité, la création "d'une seconde assemblée, qui se tiendrait au lieu dit le Marais le dernier dimanche du mois d'août de chaque année. Enfin, le conseil approuve l'installation d'une horloge sans sonnerie, d'environ 300 francs, au fronton de la nouvelle mairie.

Le maire est félicité ! Dans sa séance du 12 décembre 1880, "Le conseil approuve, à l'unanimité, toutes les modifications qui ont été apportées à la nouvelle Mairie et aux logements des agents de l'Instruction primaire. Le Conseil vote des remerciements à M. le Maire pour l'aptitude et le zèle avec lesquels il a administré la commune depuis qu'il a été placé à la tête de l'administration municipale." La dernière décision de Jean Ramon concerne la croix qui existe sur la place du bourg, elle sera portée "plus au nord".
L'abbé Pareau n'a pas aimé, mais alors pas du tout, ce déplacement et le fera savoir avec sa virulence habituelle.!

En deux ans, il avait fait construire une nouvelle mairie, celle que vous voyez en 2010, deux logements pour l'instituteur et l'institutrice, deux salles de classes qui recevront les petits écoliers bouliacais jusque dans les années 1970. Ce n'est pas rien pour notre commune !
Inutile de dire que ces remerciements, cette aptitude et ce zèle ont totalement échappé à l'oeil bienveillant de l'abbé Pareau !!!

Le 23 janvier 1881, Jean Ramon, maire républicain, sera remplacé par M. Hugla, l'ami de l'abbé Pareau.

Mais l'abbé Pareau, qui je pense rêvait d'être maire, nous a fait part de sa position concernant tous les travaux réalisés par Jean Ramon. Inutile de vous dire qu'il est contre et qu'il porte un jugement sévère sur son oeuvre. Ah ! si on l'avait consulté, lui le curé, quelle belle mairie, quelles belles écoles auraient eues les bouliacais !!! Lisez-le dans son intégralité, avec quelques commentaires de mon crû.

"L'administration-Ramon , présentant que son règne serait court, se hâta de bâtir une mairie et des écoles. Se hâter dans une oeuvre de cette importance et n'avoir pas un homme pour soumettre à une discussion minutieusement pratique les plans de l'architecte, c'est courir à des fautes inévitables. De fait, les fautes ici s'accumulent. (Belle intoduction !)

Les écoles ne sont pas à la distance légale du cimetière; il fallait le déplacer, ou les bâtir ailleurs. La Préfecture l'aurait exigé d'une municipalité non républicaine; elle ne l'exigea pas de la Municipalité-Ramon. Et voilà l'égalité ! (Vous apprécierez la cohérence du discours : on part des fautes commises pour déboucher sur une diatribe antirépublicaine et le concept d'égalité; hors-sujet dirait le correcteur ! Ne parlons pas du déplacement du cimetière qui mettait notre curé en transe.)

La construction des nouvelles écoles là où elles sont, sur l'emplacement des anciennes, devait se faire d'après les plans de M. Hugla ; acheter terrains et immeubles jusqu'au cimetière, porter de quatre mètres en avant sur la place l'ancienne façade et l'exhausser ; quant aux ailes, leur donner plus de profondeur, mais en les soumettant à un alignement harmonieux avec le mur du cimetière, eut-on dû, ou le modifier, ou démolir plus ou moins l'une ou l'autre de ces deux ailes.
Ce plan répondait à toutes les exigences du conseil Municipal, des instituteurs et des élèves ; salle de Mairie, des instituteurs et des élèves ; salle de Mairie et cabinet des archives, appartements et dépendances, cours, tout y était bien distribué, bien aéré et suffisant, même cette chose infiniment précieuse qu'on nomme le chez soi.
Ce plan permettait de planter les cours d'arbres et, si, un jour, on déplace le cimetière, de prolonger ces cours et de relier ces arbres à ceux qui viendront ombrager le champ de nos morts transformé en place publique. Et alors vous représentez-vous la beauté, la magnificence qu'aurait eu votre petit village ?

Ce plan nous donnait à droite et à gauche une rue large et belle. Or qu'avons-nous à droite ? d'abord un étranglement affreusement laid, puis la laideur encore dans l'irrégularité et la malpropreté peu commune de la rue. Je sais que M. le Maire a des projets d'amélioration, et je le félicite de comprendre, à l'encontre de tant de Maires hypnotisés dans la sottise par l'impiété, que les fidèles qui vont à l'église ne diffèrent pas des citoyens qui vont chez le percepteur. Oui, que cette rue soit plane et propre ; elle est la plus fréquentée des routes de la commune, parce qu'elle mène à Dieu. Mais quoi qu'on fasse, son entrée sera toujours étranglée, son cours toujours oblique, sa forme celle d'un bas de coton à l'envers.

Il y avait mieux à faire encore que de suivre le plan qui précède, c'était de tenter l'achat du domaine Eschenauer qui se trouvait alors mis en vente par licitation, et dont le prix ne dépassa guère 20 000 francs.
Les anciennes écoles auraient trouvé facilement preneur à 10 000 francs, et, sur le domaine, qui appartient aujourd'hui à Mme Lung, que de belles choses n'avions-nous pas ? Charmilles, terrasses, promenades, vue superbe jusqu'au lointain horizon des Landes, vastes cours, vastes potagers avec grande facilité pour l'arrosage, et ce chez soi si doux , plein, entier, absolu et qui n'est pourtant pas l'isolement, la monotone et lourde solitude. ajoutez que la commune pouvait planter d'acacias cinq journaux de terrain sur les dix qui forment le domaine et s'assurer sans frais et à perpétuité par des coupes réglées, comme sur la côte de Salles, de beaux revenus.
(Ah ! si le curé Pareau avait été maire, architecte, entrepreneur, imaginez Bouliac en 2010, imaginez "la magnificence qu'aurait eu votre petit village". Même M. Hugla n'aurait pu faire aussi bien, d'ailleurs il n'avait pas pensé à acheter le domaine Eschenauer, quel incapable cet homme, un des fondateurs et président du Syndicat général du bâtiment de la Gironde (1866 à 1876), qui a reconstitué, en 1838, un atelier de menuiserie, un des plus importants de Bordeaux ! Les bouliacais ont eu bien tort de voter pour ce maire.)

Mais tout se fit sans étude.

Jean Hugla 1881- 1891
Suite et fin ...
Jean Hugla revient à la tête de la commune le 23 janvier 1881  avec 7 voix contre  3 pour M. Castaignet et un bulletin blanc. M. Ramon obtiendra une voix, mais pour les fonctions d'adjoint au maire !

C'est le début de la période des règlements de compte, et les registres municipaux ne donnent qu'une image atténuée des affrontements verbaux qui se sont déroulés dans l'enceinte municipale !

Les élections de 1881 vues par l'abbé Pareau

"Les élections municipales de 1881 qui ramenèrent à la mairie les conservateurs et en bannirent les républicains, furent de part et d'autre chaudement menées."

Le 6 mars 1881, le conseil est informé que la réception des travaux de la nouvelle mairie a eu lieu la veille avec quelques réserves. M. Ramon, membre de la commission, se plaint de n'avoir pas été convoqué pour cette réception. Réponse du maire :"il n'y a pas eu de convocation spéciale pour cette réception." Le lecteur appréciera l'élégance du geste envers un homme qui a mené à terme et convenablement la reconstruction de la mairie. Là encore, l'abbé Pareau, reste silencieux.


Le 13 février 1881, le conseil apprend que le déplacement de la croix, décidé par le maire Jean Ramon, a fait l'objet d'une protestation faite par M. Desgranges (propriété Biron)  car cette croix a été placée devant son portail. Comme la protestation a été faite directement à la Préfecture, le conseil attendra les instructions préfectorales. Dans cette séance, est soulevé le problème de la distribution du produit de la collecte en faveur des sinistrés des inondations. Il est fait allusion à "la réclamation qui circule dans la commune au sujet du chiffre des indemnités allouées à la suite des inondations de 1879." Il est demandé aux membres du conseil qui ont procédé à ces distributions  de "faire la note détaillée des sommes réparties afin de faire cesser les bruits qui circulent. Lors des dernières élections au second tour de scrutin il a été produit une note indiquant qu'une somme de quinze cent cinquante sept francs avait été recueillie, il faudrait pouvoir  justifier de son emploi." Je me demande si l'abbé Pareau n'est pas le véritable instigateur de cette demande  visant l'intégrité morale du conseil républicain qu'il détestait tant !
Enfin, le conseil renouvelle sa demande, à l'Etat, de transfert de la gare de Bouliac au lieu dit de Médoux. M. Buhan, propriétaire riverain dans le chemin des Collines, indique qu'il est prêt à vendre à l'Etat tout le terrain qui lui sera nécessaire pour établir une gare, quelle qu'en soit la grandeur.


Le 10 juillet 1881, le conseil vote les modalités de la fête nationale du 14 juillet. On reconduit la somme de 200 francs votée par le conseil de Jean Ramon, et on décide une distribution pour chaque pauvre secouru par le Bureau de Bienfaisance : un kilogramme de pain, un litre de vin et pour 1,20 franc de viande, soit une somme estimée de 2,50 francs pour chacun des 30 pauvres de la commune. On décide "qu'il sera offert un bal public à la jeunesse, ce bal aura un orchestre de quatre musiciens et devra durer de dix heures du soir à deux heures de la nuit." Après consultation des deux propriétaires de salle, MM. Serre et Bouluguet, c'est M. Bouluguet qui est retenu car il ne demande que 32 francs, contre 40 francs pour M. Serre. Une somme de 93 francs est prévue pour "l'achat d'un ballon, d'un drapeau, de fusées, pétards, bombes... paiement et nourriture d'un soldat du génie artificier à faire venir pour faire partir le feu d'artifice."

Le 10 juillet 1881, le conseil doit faire face à deux réclamations de M. Desgranges. La première concerne le lavoir bâti sur un terrain lui appartenant, la seconde est relative au déplacement de la croix qui existait au milieu de la place du Bourg et placée devant sa propriété sans enquête préalable. le conseil décide de se rendre sur place avant de prendre une décision. Sur les lieux, le conseil constate que le lavoir n'est pas construit sur la propriété de M. Desgranges mais qu'il est appuyé sur le mur qui lui appartient. La commune achètera la mitoyenneté de ce mur pour résoudre cette difficulté.
Pour la seconde réclamation, le conseil reconnaît que le déplacement de la croix a été fait sans enquête de commodo incommodo ; au moment de la décision de transfert, il n'avait pas été envisagée une éventuelle gêne pour qui que ce soit. Il est alors proposé de demander au préfet l'autorisation de faire l'enquête manquante et de se conformer à ses conclusions quand elles seront connues.

Le 6 novembre 1881, le maire informe le conseil "qu'il a apposé sa signature en qualité de Maire à la pétition adressée à Monsieur le Ministre des travaux publics demandant que la gare du chemin de fer dite de Bouliac soit transportée sur le chemin des Collines ... il espère que cette pétition qui a réuni 140 signatures sera prise en considération..."

Le 29 mai 1882, le conseil vote une somme de cent cinquante francs pour la reconstruction du socle de la croix sur la place. Est-ce la fin des voyages de cette croix ? La réponse est non ! Dans les années 1960, elle bougera encore pour aller s'installer à l'entrée du cimetière actuel, après un détour au chevet de l'église, dans l'ancien cimetière.

Le 9 juillet 1882, on organise la fête du 14 Juillet. Le conseil reprend les décisions de 1881. Un conseiller  fait observer "que certains habitants se sont plaint que la fête n'eût pas lieu au bas de la côte à l'endroit désigné  et connu sous le nom du marais." A l'unanimité, le conseil décide que la fête aura lieu au bourg, "c'est le centre de la commune, c'est là qu'existe le siège de l'autorité..." .Cette année, le bal commencera plus tôt, à neuf heures du soir  et pourra durer jusqu'à deux heures de la nuit. Les deux chefs d'établissement contactés sont  MM. Serre et Bouluguet. M. Serre ayant fait savoir que sa salle est occupée à cette date, c'est celle de M. Bouluguet qui est retenue. La proposition de M. Ramon d'un drapeau national plus grand est mise aux voix et n'est pas retenue. Motif avancé : la commune vient de décider de forts impôts en  1883 pour faire face aux dépenses de la reconstruction de la mairie et des écoles. La vengeance est-elle un plat qui se mange froid, à Bouliac comme ailleurs ?


Le 8 juillet 1883, il est décidé que la fête du 14 juillet aura la même organisation que l'année précédente : distribution de pain, vin et viande aux pauvres, bal public (mais avec seulement trois musiciens !) dans la salle de M. Bouluguet.

LES GRANDS PRINCIPES DE LA LOI MUNICIPALE DE 1884


Cette loi revêt une importance particulière dans la mesure où, tout en consacrant les acquis antérieurs, elle constitue le véritable point de départ de l’affirmation progressive des communes face au pouvoir central.

Sa caractéristique principale est qu’elle crée un régime juridique uniforme pour toutes les communes de France. Ce choix ne sera jamais remis en cause par la suite. Il n’avait pourtant pas un caractère évident compte tenu de l’extrême disparité des communes françaises et, en particulier, du nombre et de la spécificité des petites communes.

Pour l’organisation communale, la structure choisie est la même que celle retenue pour l’échelon départemental :

  • un organe délibérant, le conseil municipal, qui adopte des délibérations,
  • un organe exécutif, le maire, chargé de l’application des décisions du conseil municipal,
  • un représentant de l’Etat, le maire, qui est donc à la fois représentant de la commune et de l’Etat.

L’article premier de la loi dispose : " Le corps municipal de chaque commune se compose du conseil municipal, du maire et d’un ou de plusieurs adjoints. "

Les principales dispositions de la loi de 1884 sont :

  • l’élection au suffrage universel du conseil municipal qui est désigné pour une durée de 4 ans et est renouvelable intégralement (en 1929, la durée du mandat municipal est portée à 6 ans)
  • l’élection du maire par le conseil municipal (sauf à Paris), ce qui fait du maire le premier représentant de la commune
  • la tutelle du préfet, à la fois sur le maire et sur les actes de la commune
  • l’attribution d’une clause générale de compétence aux communes, ce qui représente une extension significative des attributions des communes. L’article 61 de la loi de 1884 dispose, dans son premier alinéa : " Le conseil municipal règle, par ses délibérations, les affaires de la commune. " Il exprime le principe, aujourd’hui constitutionnel, de la libre administration des collectivités locales.

D’autres dispositions importantes concernent :

  • la gratuité des fonctions ; l’article 74 de la loi énonce " Les fonctions de maires, adjoints, conseillers municipaux sont gratuites. Elles donnent seulement droit au remboursement des frais que nécessite l’exécution des mandats spéciaux. Les conseils municipaux peuvent voter, sur les ressources ordinaires de la commune, des indemnités aux maires pour frais de représentation. "
  • la structure et le mode de vote et de règlement du budget : " Le budget communal se divise en budget ordinaire et budget extraordinaire " (article 132) ; " Le budget de chaque commune est proposé par le maire, voté par le conseil municipal et réglé par le préfet. " (article 145). Le loi détermine en outre une liste précise de dépenses obligatoires pour les communes.

Au total 168 articles fondent le régime communal républicain.


Le 18 mai 1884
, M. Hugla sera réélu maire avec 10 voix contre une à M. Giard.

Les élections de 1881 vues par l'abbé Pareau
"Les élections municipales de 1881 qui ramenèrent à la mairie les conservateurs et en bannirent les républicains, furent de part et d'autre chaudement menées."
La lutte fut encore plus vive, en 1884, mais avec cette différence, que d'un côté, on mit au vent toutes les voiles de la déloyauté. Le coup final fut l'apparition, à la dernière heure, d'une liste de candidats sur laquelle figurait trois noms honorables, estimés entre tous, qui repoussaient absolument tout contact avec M. Castaignet Bat-la Dèche et autres marquis. On espérait faire passer sous ce noble pavillon impudemment volé toute la marchandise. Il n'en fut rien. La victoire resta fidèle à M. Hugla, lui donna même un siège de plus, et les dix élus reconnaissants offrirent à leurs 120 électeurs un splendide bouquet sous un vaste pavillon qui fut dressé pour la circonstance sur notre place centrale."

Le garde-champêtre réapparaît !

Le 1er juin 1884, le Conseil décide que la commune "prendra un garde mais qu'il sera choisi hors les habitants de la commune afin qu'il ait plus de liberté et puisse mieux faire son devoir". Il recevra un traitement annuel de neuf cent francs et il sera assermenté afin de pouvoir faire des
procès-verbaux. "En dehors du traitement fixe Monsieur le Maire est autorisé à lui donner une gratification de cinq francs par procès-verbal".
Les archives municipales ne nous disent pas si cet encouragement à dresser procès-verbal a eu des effets positifs !

Le 3 juin 1894, le garde-

 

 

Le 8 novembre 1885, le conseil  décide de planter deux rangées d'ormeaux, une de chaque côté de la place qui a été agrandie récemment. Et, après avoir souligné que l'Arbre de la Liberté, au milieu de la place, est "presque mort ou dans un triste état de végétation", le conseil prend la décision de le remplacer par "un chêne pyramidal".

Repères historiques sur les arbres de la liberté

La plantation d’un arbre de la liberté en 1790.

 

À l’époque de la Révolution, par imitation de ce qui s’était fait en Amérique à la suite de la guerre de l’indépendance avec les poteaux de la Liberté, l’usage s’introduisit en France de planter avec cérémonie un jeune peuplier dans les communes françaises. L’exemple en fut donné, en 1790, par le curé de Saint-Gaudent, dans la Vienne, qui fit transplanter un chêne de la forêt voisine au milieu de la place de son village. Le peuplier fut ensuite préféré au chêne et, dès le commencement de 1792, Lille, Auxerre et d’autres villes plantèrent des arbres de la liberté. Quelques mois après, plus de soixante mille de ces arbres n’élevèrent dans toutes les communes de France. D’après le marquis de Villette, Paris en possédait plus de deux cents. Louis XVI lui-même présida à l’élévation d’un de ces arbres dans le jardin des Tuileries, mais il fut abattu en pluviôse an II « en haine du tyran ».

La plantation des arbres de la liberté se faisait avec une grande solennité, toujours accompagnée de cérémonies et de réjouissances populaires auxquelles prenaient part, dans un même enthousiasme patriotique, toutes les autorités, magistrats, administrateurs, et même le clergé, prêtres, évêques constitutionnels et jusqu’aux généraux. Ornés de fleurs, de rubans tricolores, de drapeaux, de cartouches avec des devises patriotiques, ces arbres servaient de stations comme les autels de la patrie aux processions et aux fêtes civiques.

Les arbres de la liberté étaient considérés comme monuments publics. Entretenus par les habitants avec un soin religieux, la plus légère mutilation eût été considérée comme une profanation. Des inscriptions en vers et en prose, des couplets, des strophes patriotiques attestaient la vénération des populations locales pour ces emblèmes révolutionnaires. Des lois spéciales protégèrent leur consécration. Un décret de la Convention ordonna que l’arbre de la liberté et l’autel de la patrie, renversés le 27 ventôse an II, dans le département du Tarn, seraient rétablis aux frais de ceux qui les avaient détruits.

Les soldats de la République plantèrent des arbres de la liberté dans tous les pays qu’ils traversaient. Dans un recueil de lettres inédites de Marceau, publiées par Hippolyte Maze, le jeune général républicain écrit à Jourdan, à la date du 6 brumaire an III : « que l’arbre de la liberté a été planté hier à Coblence devant le palais de l’Électeur ». L’exemple de la mère patrie fut suivi jusque dans les colonies, qui les dressèrent jusque… sur les marchés d’esclaves.

Un grand nombre d’arbres de la liberté déracinés en pleine croissance, étant venus à se dessécher, la Convention ordonna, par un décret du 3 pluviôse an II, que « dans toutes les communes de la République où l’arbre de la liberté aurait péri, il en serait planté un autre d’ici au 1er germinal ». Elle confiait cette plantation et son entretien à la garde et aux bons soins des citoyens, afin que dans chaque commune « l’arbre fleurisse sous l’égide de la liberté française ». La même loi ordonna qu’il en serait planté un dans le Jardin National par les orphelins des défenseurs de la patrie. D’autres décrets prescrivirent des peines contre ceux qui détruiraient ou mutileraient les arbres de la liberté.

De nouveaux arbres furent alors plantés, mais, malgré toute la surveillance dont ils furent l’objet, beaucoup furent détruits par les contre-révolutionnaires, qui les sciaient ou arrosaient leurs racines de vitriol pendant la nuit. Ces attentats étaient vivement ressentis par le peuple, qui avait le culte de ces plantations ; les lois d’ailleurs les punirent souvent avec la dernière sévérité, et des condamnations à mort furent même prononcées contre leurs auteurs.

Ces sortes de délits furent très fréquents sous la réaction thermidorienne. Le Directoire veilla au remplacement de ceux qui étaient renversés, mais Bonaparte cessa bientôt de les entretenir et fit même abattre une partie de ceux qui s’élevaient dans différents endroits de Paris. Sous le Consulat, toutes ces lois tombèrent en désuétude, et les arbres de la liberté qui survécurent au gouvernement républicain perdirent leur caractère politique. Mais la tradition populaire conserva le souvenir de leur origine.

À la rentrée des Bourbon, il existait encore un grand nombre d’arbres de la liberté dans toute la France, qui avaient été appelés arbres Napoléon sous l’Empire. Le gouvernement de Louis XVIII donna des ordres rigoureux pour déraciner ces derniers emblèmes de la Révolution. En grande partie abattus ou déracinés sous la Restauration les arbres de la liberté devinrent donc très rares dans les villes, mais on en voyait encore dans les communes rurales.

À Paris, l’abus fut tel qu’on a pu dire justement que si on avait laissé faire, la capitale aurait été transformée en forêt. Une réaction non moins violente les fit presque tous abattre au commencement de 1850, par l’ordre du préfet de police Cartier, et faillit faire couler le sang dans les rues de la capitale. Cependant, de l’avis d’un journal légitimiste, « les arbres de la liberté gênaient très peu les passants, et nous ne voyons pas en quoi les hommes d’ordre pouvaient se trouver contrariés par ces symboles. Un arbre offre une belle image de la liberté sans violence, et ne saurait menacer en rien les idées d’inégalités sociales, puisque dans les développements d’une plante tous les rameaux sont inégaux précisément parce qu’ils sont libres ».

Après 1830, quelques communes plantèrent encore de nouveaux arbres de la liberté, mais l’enthousiasme fut vite comprimé, et il y eut peu de ces plantations. Il n’en fut pas de même après la révolution de février, où cet usage fut renouvelé. Les encouragements des autorités provisoires ne manquèrent pas aux plantations d’arbres de la liberté ; le clergé se prêta complaisamment à les bénir. Un ancien ministre de Louis-Philippe offrit même un jeune arbre de son parc parisien pour le planter devant sa porte avec cette inscription : « Jeune, tu grandiras. » Certaines villes, telles que Bayeux, conservent toujours, à l’heure actuelle, un arbre de la liberté en pleine vigueur.


Les arbres de la liberté vus par l'abbé Pareau

"L'administration-Ramon avait voulu précédemment avoir, elle aussi, son jour de gloire sur cette plac. A l'endroit même où s'élevait la croix démolie sous le pastorat de M. dubourdieu, elle planta ... l'arbre de la liberté ! Il paraît que nous jouissons d'une liberté plus grande que sous l'empire et sous la monarchie. Il n'y eut, en effet, jamais plus de vols, de meurtres et d'assassinats ... et plus d'impôts à payer.

Nos édiles d'alors firent un trou large et profond et le laissèrent béant des mois entiers pour qu'il put se saturer de sels énergétiques.

Or, une nuit, le brave D..., aujourd'hui décédé, revenant sans lanterne et légèrement gris du "Quartier de l'Espérance", y fit la culbute et n'eut heureusement que la peur pour tout mal. L'Administration-Ramon n'avait pas évidemment prévu la possibilité de cette chute. Quand on plante dans les hautes régions de l'idéal de la Liberté, dans l'éblouissante lumière de cet astre, on est bien excusable de ne plus voir les vulgaires réalités de la terre.

Descendant de ces plaines éthérées, au mois de mars, l'Administration-Ramon versa dans le Sacro-Saint Abîme des tombereux de terre vierge, de terreaux précieux, puis elle choisit entre mille heureux sujet, le chêne prédestiné ; il était droit, grand, bien venu, muni de vives racines adhérentes à la terre natale dont on eut soin de les garder enveloppées, au moyen d'un arrachage délicatement pratiqué et d'un manteau de paille humide. Le jour et l'heure de la plantation furent pareillement choisis : elle se fit, un mardi, en lune croissante, aux premiers rayons du jour, dans la fraîcheur du matin, sous l'oeil vigilant du maire et de deux municipaux que précédait la garde en tenue. Ce qu'elle dura, je ne puis vous le dire exactement, mais elle fut longue.

Lorsqu'elle fut terminée, le trio municipal se découvrit avec respect et cria trois fois : "Vive La Liberté !" puis il s'éloigna, heureux et fier, du côté du "Quartier de l'Espérance."

Quelqu'un se glissant alors le long du mur du cimetière dit au cantonnier qui finissait d'aplanir le sol autour de l'arbrisseau : "Eh ! bien, Champdu, l'ami, le maire a-t-il arrosé sa liberté d'une bonne bouteille de vin ? -- Ah ! ça, non. ils arrosent à "l'Espérance" leur gosier, mais pas le mien. -- Que me dis tu-là ? -- Parbleu ! la vérité. -- Viens ici, je vais te servir, moi, un coup de vin blanc ; tu casseras la croûte, mais, tu sais, pour qu'il meure, ton arbre. -- Oh ! n'ayez pas peur, je l'entends, il me dit à l'oreille qu'il mourra bientôt."

Il mourut, en effet.

Trois fois au même lieu se reproduisit cette cérémonie, et trois fois l'heureux élu, insouciant de sa haute destinée, s'obstina mordicus à mourir, comme ses aînés.

Et les commentaires allèrent naturellement bon train au village. Les plus malins accusaient une main réactionnaire de venir sournoisement, la nuit, verser au pied des arbrisseaux l'impitoyable arrosoir d'eau bouillante. D'autres, vrais prophètes lisant déjà dans l'avenir, disaient : "Un  chêne, symbole de la liberté ! mais le fruit du chêne n'est bon que pour une certaine classe d'individus... Attendez un peu et vous en verrez plus de quatre qui leur ressemblent s'engraisser sous l'épaisse ramure de la république."

Ils voyaient justes. La République actuelle, qui n'est pas la république vraie, est surtout le régime des affamés qui traitent la France comme une ferme, le trésor public comme un butin, et les Français honnêtes comme des parias."

Chapeau l'abbé pour cette conclusion, on croirait entendre Le Pen !!! Mais, il nous cache que c'est celui qui "fut pendant douze ans mon conseil, mon très loyal ami", le maire Jean Hugla, qui décida de remplacer l'arbre mort par un "chêne pyramidal" le 8 novembre 1885.

Le 15 mai 1887, le Conseil examine la situation de la commune "après le sinistre qui a eu lieu cette semaine et qui a détruit l'immeuble de la famille Bouluguet et une partie de l'immeuble Panchaud...l'achat d'une pompe à incendie s'impose à la commune..." M. de Buhan propose de s'intéresser aux anciennes pompes à bras que possédait la ville de Bordeaux, mises à vente à la suite du renouvellement du matériel bordelais (achat de pompes à vapeur). Le maire et M. de Buhan sont chargés de recueillir des informations sur ces pompes à bras vendues par Bordeaux.

Le 4 décembre 1887, Jean Hugla est réélu (de justesse !) maire avec 8 voix  contre 7 voix à M. Giard, pour 9 bulletins dans l'urne.

Le 20 mai 1888, M. Hugla est réélu maire avec 10 voix contre une voix pour M. Giard.

Les élections de 1888 vues par l'abbé Pareau
"La loi électoral, modifiée à cette époque, mit à tous les quatre ans et au 1er dimanche de mai les élections municipales. M. Hugla ne revint donc avec ses amis devant les électeurs qu'en 1888. Cette fois, sa liste passa toute entière. Un second banquet fut servi au même lieu et avec la même magnificence que le premier. Nous en avons le compte-rendu écrit par "M. Léon Gagnepain, électeur du 6 mai ..."
Remarque : Je soupçonne l'abbé de se cacher derrière le nom pittoresque de  Léon Gagnepain ! On pourra comparer le style de ce compte rendu et celui de l'abbé en lisant le texte intégral de ce bouliacais farouchement anti-républicain. Cet opuscule de 19 pages était soigneusement rangé dans les papiers personnels de mon beau-père André Serre; je n'ai pu le consulter qu'après sa mort. C'était pour lui un témoin du passé républicain de son grand-père qui fut conseiller municipal républicain  du maire Ramon (voir la plaque souvenir ci-dessus de la construction de la mairie et des écoles  en 1880). C'est en lisant la liste des électeurs, à la fin de l'opuscule, que j'ai trouvé le nom de Léon Gagnepain. Léon Gagnepain ne serait-il pas le double de l'abbé Pareau ?



Le 24 mai 1891
, les bouliacais se donnent un nouveau maire : M. Giard, avec 8 voix cotre trois voix à M. Ducau.

Charles Giard  24 mai 1891 -1892

Sa signature

Le maire Charles Giard vu par l'abbé Pareau

M. Charles Giard prit la suite de M. Hugla. Nature droite,loyale, ferme en apparence, au fond timide, M. Giard manquait un peu trop d'initiative, mais, en revanche, il avait   ̶ ̶  qualité essentielle, indispensable  ̶ ̶  le courage d'aller jusqu'à la pratique entière de sa foi.
Il ne fut pas réélu maire en 1892.
M. Giard était le gendre de Mme Vve Daval, la vénérable octogénaire du château Theulé, construit en 1869 et situé entre entre Baudat et le Pian. Terres, prairies, vignes rouges, beaucoup d'arbres fruitiers, un grand bois de vieux chênes, et, dans le château, une jolie chapelle où je dis assez fréquemment la messe."

 

Le 15 mai 1892 voit l'élection d'un nouveau maire : M. Hervouet avec 6 voix contre trois pour M. Giard pour 10 votants. Coup de théatre : "immédiatement il s'est levé et a déclaré ne vouloir accepter." Au scrutin suivant , la situation se complique : MM. Bourgès et Hostein obtiennent quatre voix chacun ! Un autre tour s'impose : il donne exactement les mêmes résultats !! Au tour suivant, la victoire revient à M. Arthur Bourgès avec cinq voix contre trois à M. Hostein.

Le 29 mai 1892, rebondissement : M. Bourgès présente sa démission au conseil !!! Que s'est-il passé ? On aurait aimé lire les explications du curé Pareau. Hélas, pas un mot dans son histoire de Bouliac! Soyons juste, son commentaire tient en deux phrases, que je livre à votre réflexion : "Les élections de 1892 amenèrent l'écrasement définitif du marquis Bat-la-Dèche. Sa liste n'obtint qu'un nombre de voix dérisoire, et j'ajoute, comme citoyen et au nom du simple bon sens, qu'elles furent toutes de trop." L'élection qui suivit cette démission donna un résultat sans ambiguïté : M.  Gabriel Hervouët 7 voix, M. Giard une voix, un bulletin blanc.

M. Gabriel Hervouët 29 mai 1892 -1895

Le 29 mai 1892,  M. Hervouët est élu maire après des péripéties électorales dont le sens nous échappe !
Le 20 janvier 1895, il est démissionnaire ; il est aussitôt réélu avec 6 voix contre une pour M. Hostein pour 7 bulletins de vote. "Mais M. Hervouët a aussitôt déclaré qu'il ne pouvait accepter des fonctions que son absence de la commune lui faisait une obligation d'abandonner ; que d'ailleurs il conservait son titre de conseiller municipal ; que durant son passage à la mairie rien ne lui avait coûté pour faire tout le bien général possible, et qu'à l'avenir la commune le trouverait dans les mêmes dispositions chaque fois qu'il serait fait appel à son concours." Dans le tour de scrutin qui a suivi cette déclaration, M. Hostein a recueilli six voix et M. Hervouët une voix, pour  sept bulletins.

Le maire Gabriel Hervouët vu par l'abbé Pareau

"Le successeur de M. Giard, M. Hervouët, prit l'initiative d'établir un télégraphe électrique et de réparer le chemin de Vimeney, et nous eûmes un léger conflit, à propos des deux souscriptions qui réalisèrent ces oeuvres importantes.
Pour le télégraphe, il me fit présenter la liste par le garde, et après que 25 ou 30 personnes avaient déjà souscrit. "Dites à M. le maire, répondis-je au garde, que, si je fais jamais une souscription pour l'église, j'aurai l'honneur de lui présenter moi-même la liste, et que je ne lui enverrai point mon sacristain."
"Vous ajouterez que le nom du curé, qui est ici le premier dans l'ordre spirituel, devrait figurer sur cette liste après les noms de M. le Maire et de MM. les conseillers municipaux, qui sont les chefs dans l'ordre temporel. Pour ces raisons je ne souscris pas."
Un orage éclata. On n'admet pas qu'un curé donne une leçon de convenance sociale, et qu'il émette des droits à une préséance quelconque. On tenait cependant à ma souscription et, secrètement, à apaiser ce conflit. Un des conseillers des plus influents vint chez moi. "soyez le bienvenu, lui dis-je, et, pour que ma pensée vous soit bien connue, je vous répète les paroles que j'ai dites au garde.
Je ne suis pas riche, mais ma souscription fera toujours honneur aux égards que je revendique comme curé."
Nous nous comprîmes, je souscrivis et tout fut arrangé .... momentanément.
M. G. Hervouêt était breton d'origine, et peut-être, comme tel, avait-il résolu de ne pas céder. Malheureusement ou heureusement, comme vous voudrez, il y a des Bretons en Gascogne, non moins résolus, s'ils ont le droit pour eux, que les Bretons de là-bas. Pour la souscription en faveur du chemin de Vimeney, M. G. Hervouët m'envoya, non le garde, mais le secrétaire de la mairie. C'était bien de sa part un amendement, un progrès .... et néanmoins mon refus fut formel.
Nouvel orage en réunion plénière du conseil municipal : "Mon exigence fut jugée un cas pendable !"
Tous heureusement ne furent pas de cet avis, et, le soir de cette orageuse journée, un conseiller vint me trouver. "Ah ! c'est vous, lui dis-je, c'est vous ; je suis vaincu, et deux fois, d'abord vous êtes quelqu'un ici, et puis vous êtes l'homme franc, loyal, que j'aime, que j'estime, le maire futur et prochain .... que puis-je vous refuser ," et je souscrivis.
M. G. Hervouët se démit en 1895, et M. C. Hostein remplaça cet aimable prodigue, dont le rapide passage n'est pourtant pas sans gloire. S'il avait écouté les conseils de la sagesse, il serait encore à Bouliac maire et roi, bien que nous soyons en république .... et il n'a plus ici une motte de terre.
....

M. Hostein, en cette année 1899, et le 23 juillet, a ouvert une souscription pour doter notre place centrale d'une borne fontaine  qui soit un monument. Il m'a présenté lui-même sa liste de souscription, et il a voulu que je fusse le second inscrit.
"Je vous remercie des égards que vous me témoignez, lui ai-je répondu ; mais je ne dois figurer qu'après M. le Maire et son Etat-Major.  ̶  ̶  Non, vous devez être après moi, le second."

                                                                                                       
Et j'ai souscrit."

L'abbé Pareau a-t-il confessé cet énorme péchê d'orgueil ?

Le garde-champêtre revient à 'ordre du jour du Conseil municpal
Le maire rappelle qu' il avait été décidé le 25 juin 1893 que le nouveau garde-champêtre ne serait jamais distrait de ses occupations spéciales. Il souligne les inconvénients de cette décision qui obligerait à utiliser un second cantonnier pour les chemins ruraux et surtout pour le nouveau chemin vicinal de Vimeney en projet, ce qui surchargerait outre mesure le budget communal. Il souligne également que "la population lui semble hostile à ce qu'un traitement soit alloué à un fonctionnaire uniquement pour se promener et tout spécialement pour visiter les chais aux époques de soutirage des vins".

Le lecteur appréciera l'élégance de cette remarque concernant l'appréciation formulée par les bouliacais du travail du garde-champêtre !

Après cet exposé, le conseil décide, à l'unanimité, que le nouveau garde s'occupera des chemins ruraux, du champ d'expérience agricole et de tous autres travaux manuels qui lui seront commandés, et que, dans ces conditions, et si l'on est satisfait de ses services, il recevra 900 francs de traitement jusqu'à la fin de l'année et 1000 francs à compter du 1er janvier 1895.
 

Camille Hostein 1896 - 1914

Le 17 mai 1896, les douze conseillers se donnent un nouveau maire : Camille Hostein. Il est élu avec 9 voix, contre une pour M. Ducau et une pour M. Giard.

Sa signature le 17 mai 1896

Les élections de 1896 commentées par l'abbé Pareau
"Les élections de 1896 se firent sur une seule liste de candidats, sans lutte, sans tiraillements d'aucune sorte, dans le calme le plus absolu.
c'est le désir de notre sympathique et très honorable maire, M. Hostein, que sa commun ne soit, selon le vrai sens du mot, qu'une famille. Il peut l'espérer ; le marquis, le vieux brouillon a fait le plongeon fatal et définitif dans le fleuve noir."

Priez pour lui monsieur l'abbé !!!

En 1896, le Syndicat des propriétaires viticulteurs de la Gironde s'est élevé contre la circulation de vins artificiels et a demandé aux conseils municipaux d'émettre un voeu de protection pour la viticulture girondine.
Le 31 décembre 1896, le conseil de Bouliac, après lecture de cette demande le conseil a émis le voeu "que la fabrication industrielle et la circulation des vins artificiels soient interdites en France, encomprenant sous cette dénomination toutes les boissons qualifiées vins qui ne sont pas le produit exclusif de la fermentation du jus de raisin frais.
Que la loi du 24 juillet 1894, interdisant le mouillage des vins soit complétée au plus tôt par le règlement d'Administration publique prévu par la dite loi...
Qu'enfin, en attendant le vote des lois nouvelles protectrices de la viticulture et du commerce honnête les lois du 28 avril 1816, du 2 août 1872 et toutes autres lois et règlements existants soient rigoureusement appliqués, de manière à amener la suppression des acquits fictifs qui favorisent les mouillages et toutes les fraudes s'y rattachant."

Ce voeu permet de penser que les fraudes condamnées étaient largement pratiquées à Bouliac et qu'elles existaient depuis longtemps !

Le 20 mai 1900, il est confortablement réélu avec 9 voix contre une pour M. Nissou et une pour M. Prou.

Le 27 mai 1903, de nouvelles élections ont lieu (après la démission de M. Hostein provoquée par le refus de placer le nouveau cimetière sur le terrain de
 Mademoiselle Esper.)

 

Les dix bulletins trouvés dans l'urne donnent  cinq voix à M. Hostein et cinq voix à M. Bouluguet. Le deuxième tour donne la victoire à Camille Hostein avec 7 voix, pour 2 voix à M. Poncet et une voix à M. Bouluguet. A noter l'absence de M. Hostein, qui n'a donc pas participé à sa réélection.

Plus tard, le maire prit la parole. Ecoutons-le.
"Je remercie bien sincèrement ceux de mes amis qui ont voté pour me renommer maire de Bouliac. Si j'accepte de conserver ces fonctions jusqu'aux prochaines élections, veuillez croire que ce n'est pas pour m'imposer aux amis qui ont cru devoir faire une petite manifestation. Au contraire, c'est uniquement  par dévouement et pour éviter le gachis de nouvelles élections. J'espère que vous croyez tous ma parole, du reste  que je suis prêt à me retirer, car, quoi qu'on en ait dit, je n'ai jamais eu la prétention d'imposer rien à personne ni de faire trancher la commune au gré de mes désirs.
tout au contraire, j'ai toujours été  le très dévoué serviteur de tous. Je suis sûr que vous ne pouvez pas dire que j'ai montré de la mauvaise volonté lorsque les circonstances ont réclamé quelque amélioration pour n'importe quel point de la commune. J'ai toujours pris tous vos désirs en considération et j'ai toujours fait mon possible pour les satisfaire avec économie.
Dans le courant de cette dernière année de nos fonctions municipales je continuerai comme par le passé à être utile chaque fois que l'occasion s'en présentera.
Depuis bientôt dix ans que j'ai l'honneur d'administrer la Commune j'ai toujours été d'accord avec la très grande majorité de nos conseils municipaux, aussi c'est avec peine qu je verrai cette bonne harmonie, profitable à tous, faire place à la division nuisible à tous.
Grâce à votre concours nous avons réalisé des améliorations nombreuses, je dirai presque prodigieuses pour une petite Commune comme la nôtre et cela sans sans jamais augmenter le nombre de centimes additionnels. Avec notre petit budget, nous avons en caisse 3096,93 francs et l'état nous doit pour les avances que nous lui avons faites pour l'installation du téléphone 1434,25 francs. Une partie de ces fonds rentre chaque année dans la Caisse municipale. Notre total d'économies s'élève à la somme de 4531,18 francs. Nous avons donc le droit d'être fiers de notre oeuvre et de marcher la tête haute.
Je compte sur vous tous, Messieurs pour que vous me continuiez cette année votre concours devenu indispensable pour la bonne marche des affaires de la Commune."

Le 15 mai 1904, Camille Hostein obtient une réélection éclatante : sur douze bulletins il obtient onze voix contre une pour M. Sens.
Le 13 novembre 1904, il propose "d'installer à ses frais deux lanternes qui seront éclairées à ses frais également pendant cet hiver à chacun des angles nord de la mairie, et deux candélabres du modèle de ceux des rues de Bordeaux qui seront installés devant l'église pour qu'on puisse en éclairer les abords lorsqu'il en sera besoin. Ce sera un éclairage à l'acétylène avec un appareil pour la maire, et un appareil générateur de gaz placé dans chaque candélabre. Le garde-champêtre sera chargé de l'entretien de ces trois appareils et de leur allumage. "Ce nouveau service ne demandera pas plus de dix minutes par jour, et pas tous les jours encore car lorsque la lune éclairera point ne sera besoin d'allumer les lanternes... tous les conseillers sont d'avis qu'il y a lieu de remercier monsieur le maire de sa généreuse initiative et de lui donner l'aurorisation qu'il demande."

Acétylène et électricité à Bouliac

Le 12 août 1906, le conseil constate "qu'il y aurait avantage à remplacer l'éclairage actuel à l'acétylène par l'éclairage électrique". L'ingénieur de la Société d'énergie électrique du Sud-Ouest présente de façon détaillée l'emploi de l'électricité pour l'éclairage...le conseil estime que sept lampes électiques seraient nécessaires pour obtenir un éclairage convenable ce qui entrainerait une dépense annuelle  de 210 francs."

Le 24 novembre 1907, "A l'unanimité le conseil décide d'accorder à la Société d'énergie électrique du Sud-Ouest la concession pour l'éclairage électrique de la commune... Il sera placé 1 lampe à Mallus, 1 à l'entrée de la côte, 2 devant la mairie, 2 place Chevelaure, 1 au Marais.
Le 5 mars 1911, il est décidé que la huitième lampe électrique de la commune sera posée dans la cuisine de l'instituteur Pierre Maumelat pour lui permettre de faire son travail de secrétaire de mairie, le soir, dans sa cuisine.

Le 27 mai 1908, nouvelle réélection triomphale : sur 11 bulletins, il obtient 10 voix, contre une pour M. Nissou.

Le 9 mai 1912, nouvelle réélection , avec 11 voix contre une à M. Bouluguet. Ce sera le dernier mandat de Camille Hostein. Il mourra en 1916.

Le 13 août 1916, le conseil décide d'honorer sa mémoire : "En raison des services rendus par M. Hostein ex-maire décédé, qui a rempli ses fonctions pendant 21 ans avec un zèle et un dévouement inlassables, M. le maire propose  au Conseil de donner son nom à la place de la Mairie qui désormais sera appelée
Place Camille Hostein ; cette proposition mise aux voix a été acceptée à l'unanimité."

 

Albert Aymar  1914 - 1919

Sa signature

Le monument aux morts tel qu'on peut le voir actuellement.
Il occupe l'emplacement de la tour du télégraphe optique détruite en 1855

Peu de traces de son action dans les archives municipales pour cette période qui couvre la Grande Guerre de 1914-1918.

Le 30 septembre 1914, Albert Aymar est élu maire avec 11 voix pour les douze bulletins trouvés dans l'urne.

Le 30 septembre 1914, au maire de Bordeaux qui lui a demandé combien de réfugiés pourrait recevoir la commune "M. le maire se charge de répondre qu'il n'y a pas lieu d'accepter sa proposition. M. Aymar avait-il peur des réfugiés ? Encore un point d'histoire de Bouliac non élucidé ! Et l'abbé Pareau ne peut nous éclairer, il avait quitté Bouliac à cette époque.

Le 12 novembre 1916, le Conseil décide que les bouilleurs de cru installeront la distillerie dans un local de la Mairie.

Il sera conduit "vu les circonstances actuelles, et afin de faciliter la répartition du pain et de la farine" à décider " l'établissement dans la commune de la carte de pain.

Le 2 mars 1919, "Le Conseil décide d'ériger un monument à la mémoire des soldats de la commune tombés au champ d'honneur. Les frais seront couverts au moyen d'une souscription communale et d'une subvention du conseil municipal."

 

 

Marcel Bouluguet 1919 -- 1925

Sa signature

Le 10 décembre 1919, Bouliac change de maire: Marcel Bouluguet est élu avec 6 voix contre 6 à Alphonse Guérin.

 

Albert Aymar 1925 - 1929

Sa signature

Le 17  mai 1925,  Albert Aymar est élu avec 11 voix pour 12 bulletins de vote (un bulletin blanc).

Son conseil ne devait pas être animé par des convictions de gauche ! En effet, le 15 novembre 1925, après avoir pris connaissance de la lettre de M. Marquet, maire de Bordeaux, concernant la création d'un office des municipalités républicaines, radicales et socialistes du département, le conseil a donné un avis défavorable et a chargé le maire de lui répondre.

Le 3 janvier 1926, il rend compte au conseil "de ses négociations avec M. Balzer au sujet du projet d'acquisition du terrain qu'il possède en face de l'église de Bouliac, longeant le chemin de l'Hermitage d'une contenance de 8000 m² environ et donne lecture de la promesse de vente qu'il a obtenu pour le prix de 4400 francs.
Etant donné l'intérêt indiscutable qu'il y a pour la commune à conserver dans son caractère un des sites les plus pittoresques des environs de Bordeaux, en dehors de l'utilisation possible de ce terrain pour satisfaire à divers projets à l'étude, le conseil à l'unanimité des membres présents décide l'acquisition du terrain de Balzer..."
Les conseillers, au moment du vote, n'imaginaient pas que ce pittoresque terrain allait devenir un véritable dépotoir : les habitants du bourg "allaient à Balzer" pour se débarrasser de leurs ordures ménagéres !
Le problème du "bourié" avait été posé le 22 juillet 1894 et avait donné lieu à la décision de location d'un "petit vacant à proximité du village... pour recevoir les immondices de la commune". Le prix de la location avait été fixé à 2000 francs.
Le 27 mai 1901, le conseil examine une réclamation de M. Balzer : "il se plaint qu'on jette toutes sortes de débris dans sa propriété devant la place Chevelaure." Il est alors décidé  "de faire placer une défense de jeter des débris et de donner ordre au garde de verbaliser contre les délinquants.

Le 20 juin 1926 , le conseil étudie le projet de lotissement du Domaine des Collines et l'approuve à l'unanimité. L'autorisation de ce lotissement a été demandée par M. Brugière administrateur délégué de la Société civile des Collines. Le conseil demande que la commune soit "régulièrement mise en possession du terrain pour jeux et sports athlétiques qui lui est cédé gratuitement..." et fasse "établir à ses frais les lignes nécessaires pour l'électrification du domaine  ..."

Le 10 octobre 1926 : l'électrification de la commune confiée à  la Société d'énergie électrique du Sud-Ouest se poursuit.

Le 17 novembre 1926, il est décidé que les propriétaires non pourvus d'électricité seront visités par M. Grenier pour le quartier de Malus, M. Maurac pour le chemin de Vimeney, M. Sarjac pour le chemin des Collines.

Il faudra attendre le 22 juillet 1927 pour que soit décidée la création d'un service de nettoiement qui collectera les ordures "déposées dans certains endroits fixés d'avance." Mais les habitants continueront, discrètement, à se débarrasser de leurs ordures à "Balzer" pour le plus grand bonheur des rats !

Un an plus tard, le 30 octobre 1927, reprend le dossier du lotissement des Collines que le préfet vient d'adresser à la commune et confirme l'avis favorable qu'il avait adopté le 29 juin 1926.

Le 19 mai 1929,  Albert Aymard, démissionnaire,  sera absent à l'élection du nouveau maire André Rödel.

Le 25 mai 1930, le maire fait part au conseil que la poursuite de l'électrification sera mise en route "dès que le pourcentage de subvention accordé par l'état serait plus élevé."


André Rödel 1929 - 1934

Le 19 mai 1929, Bouliac se donne un nouveau maire : André Rödel est élu avec 8 voix  contre une pour M. Sarjac et une pour M. Grenier et un bulletin blanc.

Sa signature

André Rödel était propriétaire du Domaine de Vialle. Il était membre de la famille d'industriels bordelais Rödel, bien connue par ses conserves alimentaires. Un décès dans la famille a décidé les héritiers, partis en Amérique du Sud, à vendre ce domaine inoccupé en 1965.

Rödel et Fils frères, fabricants de conserves alimentaires, à Bordeaux (Gironde)
(Fournisseurs de S. M. l'Empereur du Brésil)

Cette maison a été fondée en 1824 par M. Rödel père; succursales :
1° A Ethel (Morbihan), pour la préparation des sardines à l'huile et au beurre pour les poissons frais de toutes sortes,
2° A Hennebont (Morbihan), pour la préparation des légumes frais.
La supériorité des produits de cette maison et ses vivres frais d'équipage, en remplacement des salaisons, lui ont valu les récompenses suivantes : Médailles d'argent à Bordeaux, 1844, 1847, 1850 ; médailles d'or à bordeaux, 1854, 1859 ; prize medal à l'Exposition universelle, à londres, 1851 ; deux médailles de 1ere classe à l'Exposition universelle de Paris, 1855 ; médaille d'argent au concours agricole universel, 1856.

Peut-être avez-vous mangé quelques-unes de leurs  délicieuses sardines !

Le 16 février 1930, il "adresse ses félicitations et ses remerciements à M. Roquillas qui a réussi à faire fonctionner le moteur et les diverses horloges communales."


Georges Morvan 1935 -1942

M. Roquillas 1943-1944

M. Maurac 1944 -1947

M.Turroques 1947- 1951



Louis Brochard 1951-1963


Le maire Louis Brochard mariant sa petite-fille, Anne-Marie Serre, le 26 juillet 1958

Jean Briat 1965-1983

Le maire du Bouliac moderne

En trois mandats, le nouveau maire va transformer Bouliac : le petit village endormi aux portes de Bordeaux va se transformer en un village moderne : écoles, salle des Fêtes, lotissements, Foyer des Jeunes, ateliers municipaux, salle des Sports, bibliothèque ...


Le maire Jean Briat, en avril 1965, remercié par la première des nombreuses mariées qu'il recevra à la mairie.

Dans le document qui suit, rédigé à ma demande par Jean Briat en octobre 2010, on trouvera le bilan de ses trois mandats.


Le Conseil municipal (1971-1983)

Conseil_municipal_1977_1983.jpg

De gauche à droite, au premier rang : M. Dufau, Mme Rechenman, MM. Dufouret, Rousseau, Briat, Valleau, Fort, Manuaud, Coppens
Au deuxième rang : MM. Clairence, Castagnet, Peynaud, Caillou.

A suivre ...

Favroul 1983-2014