Cérémonies, fêtes et réjouissances

Nos ancêtres bouliacais faisaient souvent la fête ! On connaît, pour le 18ème siècle, à Bordeaux, une liste précise de 22 jours chômés : en janvier, la Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ et l'Epiphanie ou les Rois ; en février, la purification de la Sainte Vierge ; en mars, l'Annonciation de la Sainte Vierge ; en avril, le Vendredi saint et les deux fêtes de Pâques ; en mai, l'Ascension et les deux fêtes de la Pentecôte ; en juin, la Fête Dieu, la Nativité de saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul ; en août, l'Assomption de la Vierge ; en novembre, tous les saints, le jour des Morts, saint André patron du diocèse ; en décembre, la Conception de la Sainte Vierge, la Nativité de Notre Seigneur et les deux jours suivants. Qu'en était-il à Bouliac ? On peut avancer qu'il devait en être de même car le calendrier religieux s'imposait, uniformément, à toutes les paroisses. Malheureusement, nous ne connaissons aucun document bouliacais autre que le  court tableau très pittoresque des fêtes profanes de Bouliac au XIXème, légué par l'abbé Pareau, que je reproduis ici, dans son intégralité.

"On ne cesse de répéter que les temps sont durs, que les affaires sont difficiles, que les fournisseurs sont mal ou point payés. C'est évidemment une appréciation erronée une critique méchante du temps présent, une calomnie, et nous devons être à la période la plus fortunée, de ce siècle, car jamais jamais notre société n'a été plus folle d'amusements, plus prodigue de ses deniers pour les voyages, les plaisirs, les jeux, la toilette, et cela jusque dans la plus petite commune.

Ici, coin de terre microscopique, nous comptons, chaque année, une longue série de fêtes publiques.

Voici d'abord, au village, les premiers dimanches et lundis de Mai, une assemblée; salves d'artillerie, grands mâts décoratifs avec oriflammes flottantes, bal champêtre sous un vaste pavillon, tombola, illuminations et une douzaine de musiciens bruyants : énorme dépense qui se couvre toujours et au-delà, sans compter la fine pluie d'or qui tombe dans l'escarcelle du marchand forain, de l'aubergiste et des costumiers élégants.

Le Marais voyait cette fête du village d'un oeil d'autant plus jaloux qu'il prétend lui être supérieur. Au demeurant, il est, le grand cours, le boulevard de Bouliac, et, pour quelques basternes qui traversent le plateau, il voit passer par centaines, chaque jour, pesants chariots et élégantes voitures, bicycles, tricycles, motocycles, automobiles et mobilisés, amazones et cavaliers, tout le bataclan, tout le tremblement qui marche et qui roule, qui travaille et qui s'amuse, la fashion et la gueuserie. Le Marais dit donc au village : "C'est toujours mon tour de monter chez vous ; si vous descendiez une fois l'an chez moi ?" Et le voeu fut porté devant le conseil municipal, en sa séance du 22 août 1880, lequel octroya sans retard et à l'unanimité tout les desiderata.

Je me souviens que l'un des deux cabaretiers promoteurs de la fête me pria par une lettre fort polie d'annoncer au prône l'inauguration de la nouvelle assemblée. "Mon brave ami, lui répondis-je, faites tirer le canon, le succès sera plus sûr."

(J'attire l'attention du lecteur sur cette description très pittoresque de la vie bouliacaise dans le chemin des Collines et sur l'évocation de l'intensité et de la variété de la circulation sur ce chemin   qui actuellement se termine en cul-de-sac sur la voie rapide Bouliac-Latresne.)

Le 8 juillet 1883, le Conseil examine la lettre de M. Rigaudie, aubergiste aux Collines, qui demande l'établissement d'une fête publique aux Collines. "Un membre fait remarquer qu'il y a déjà deux fêtes publiques non compris celle que fait la société de Bienfaisance... l'établissement d'une 4ème fête serait peut-être nuisible aux fêtes déjà existantes ..." Il propose d'attendre la création d'une gare sur le chemin des Collines ! ... et le Conseil rejette la proposition de M. Rigaudie.

"La fièvre du plaisir est contagieuse. Après le Marais, vinrent les Collines. Elles aussi, en 1883, voulurent avoir leur assemblée. Et pourquoi non ? On y compte bien deux maisons, mais on y trouve, en revanche, un établissement muni de treilles de vigne vierge, l'air frais de la plage, une station de gondoles, des communications faciles avec Bordeaux.
La municipalité cette fois se montra sévère, et refusa. "Eh ! le village, que deviendra le village, tête et coeur de la commune, siège de l'autorité !" s'écrièrent quelques conseillers prudents. Il est toujours sage de veiller sur le porte-monnaie ; heureusement ou malheureusement, le brave REGAUDIE, le mastroquet du lieu, veillait aussi sur le sien. Il revint, en 1887, suppliant l'octroi de son assemblée, et le conseil, cédant à des sentiments moins exclusifs, se fit un plaisir de déférer à ses voeux".

Ainsi, en 1897, les bouliacais pouvaient s'abandonner à "la fièvre du plaisir" deux fois par an, à l'occasion de deux assemblées : au centre du village pour le premier dimanche de mai et, un peu plus tard, au port des Collines, sous la treille de vigne vierge du mastroquet Rigaudie.


Après les assemblées, la Kermesse vue par l'abbé Pareau !
"La première Kermesse a lieu le premier dimanche de Juillet, fête de la Société des secours mutuels. encore une douzaine de bruyantes musiques, la nuit et le jour, au village ; jeux populaires, ballon, tombola, autrefois mât de cocagne, concours d'échassiers, de cyclistes et feu d'artifice ... tout ce qui attire les curieux, amène la dépense, vide la poche des uns et emplit celle des autres.
Le feu d'artifice a été supprimé récemment, pour revenir bientôt sans doute ...  Le mât de cocagne, lui, ne reviendra pas. il fut scié et brûlé, en 1883, à la suite de la chute d'un grimpeur, qui nous démontra sans phrases que l'enivrement du triomphe touche souvent aux affres de la défaite. Vigoureux, adroit, leste comme un singe, il enfilait et dévalisait, en trois temps, dans toute la région, les mâts les mieux astiqués, savonnés, graissés. Ce fut merveille de le voir ; des bravos, des applaudissements saluèrent son ascension rapide, et, portant au cou la couronne ornée du butin qu'il avait si bien conquis, il allait se laisser choir doucement, quand de toutes les poitrines partit ce cri : "Descendez par la corde ! Par la corde !". Il saisit lestement une des cordes, et, au lieu de descendre par la seule force des poignets, il se laissa glisser ; par le frottement rapide, ses mains s'enflammèrent ; il lâcha, tomba et se cassa la jambe. Transporté sur le champ à l'hôpital de Bordeaux, il y fut soigné bel et bien, pendant de longs mois, aux frais du budget municipal.
Cette dernière cassure d'un genre spécial, subie par le porte-monnaie, fut, paraît-il, très douloureuse, et contribua, peut-être autant que l'autre, à la suppression définitive du mât.

Le 26 novembre 1882, prend connaissance d'une réclamation de l'hôpital Saint André de Bordeaux. La commune doit payer une somme de "140 francs pour frais et soins"  pour l'homme qui s'est cassé la jambe le jour de la fête de la Société de Bienfaisance de Bouliac. Le conseil vote cette dépense bien que cet homme ne soit pas habitant de la commune.

Le 11 février 1883, le Conseil apprend que le blessé est toujours à l'hôpital,  7 mois après l'accident, et que les fonds votés ne sont pas suffisants pour payer un séjour aussi long à l'hôpital.

Après la Kermesse, la fête de la jeunesse !
"Le dernier acte de ces joyeuses prodigalités se joue le 3ème dimanche de septembre. La société de la jeunesse, fondée en 1875,, célèbre sa fête ce jour-là, et offre à son tour à la curiosité publique de charmantes attractions, dont la principale est un grand bal suivi du tirage d'une tombola".

Sans oublier la fête des conscrits !
" A l'occasion du tirage au sort, nos jeunes conscrits font grosse liesse. Braves enfants, trois jours de noces ! Environ cent francs dépensés par chacun de ses fils de nobles travailleurs, certains étant quelque fois à la gêne, mais dont l'amour-propre veut aller de pair avec les plus aisés. Il me semble qu'ils feraient mieux d'économiser, dès l'âge de 16 ans, quelques dix ou vingt sous par semaine, non pour nocer pendant trois jours, mais pour allonger pendant trois ans le sac au dos, sans recourir à la bourse et peut-être aux privations d'un père et d'une mère."Père, je pars, disait un brave fils de vigneron ; mais voici des économies secrètes que vous ne connaissez pas ; depuis trois ans, je me suffis et je vous aide ; sous les drapeaux, si je n'ai pas la joie de vous aider, j'aurai du moins celle de me suffire encore, avec ces quelques sous économisés, sur lesquels vous prendrez, chaque mois, pour me l'envoyer, ma solde de paix ou de guerre. C'est le devoir, c'est l'honneur d'un homme de vingt ans de se suffire toujours."
Bravo ! et quel est le père de famille qui blâme ce langage ?"

L'abbé Pareau conclut son chapitre Assemblées, Liesses, Kermesses par une  leçon de philosophie bien équilibrée !
Moralité :
Les uns dissipent, les autres recueillent ; "Nous sommes-nous donc bien amusés !"disent les uns. - "Avons-nous donc fait bonne recette !" disent les autres.
Et tous ensemble : "Quelle chance ! qu'il me tarde d'être à pareil jour de l'année prochaine !"
La fable de la cigale et de la fourmi est toujours vraie.
"Vive la cigale !" c'est le cri de tous, le jour de la fête.
Le lendemain, quand les prodigues chanteurs, danseurs, noceurs sont rentrés au nid, déplumés, les chefs d'établissements se disent tout doucement, en donnant au comptoir le tour de clef :
"Oui, vive la cigale !"
"Et vive aussi la fourmi !"

Dans un autre chapitre, Missions - Pélerinages, l'abbé Pareau évoque les missions et pélerinages qu'il a connus à Bouliac au XIXème siècle.
Le prêtre qui a charge d'âmes appelle de temps en temps sur sa paroisse, pour réveiller la foi trop susceptible de sommeiller, un prêtre étranger, ordinairement un religieux, que ses vertus, son talent, des aptitudes spéciales vouent à ce genre de ministère qu'on nomme "mission".
La mission dure environ un mois. Le missionnaire visite la paroisse, donnant à tous cette chaude poignée de main et ce mot du coeur dans lesquels chacun sent passer un souffle de sincère sympathie. Il convoque, le matin, à la messe, les enfants, les âmes pieuses, le soir tous ceux que marque le sceau divin du baptême. Des chants, des illuminations, des prédications vibrantes, de chaudes invocations,tout un ensemble inaccoutumé de cérémonies éclatantes, animent les réunions, leur donnent un attrait puissant, souvent irrésistible. On vient de loin, malgré les ténèbres, le temps froid ou pluvieux. Bien des âmes, à la fin, retrouvent à la Table Sainte le Dieu bon de leur première communion. Elles ont mis la paix dans leur conscience, un point d'arrêt au courant de leurs petites misères morales. Ce courant reprendra peut-être trop tôt son allure ancienne ; le converti redeviendra pécheur ; l'ami de Dieu oubliera de nouveau ... il est si faibl, le pauvre coeur humain ! Mais qu'importe ? Mieux vaut encore le pécheur  qui se repent quelquefois que celui qui ne se repent jamais. Le ciel ne s'ouvre qu'à l'innocence ou au repentir.

Une mission prêchée par le P. Constant, des Maristes de Verdelais, fut clôturée, le 20 décembre 1885, par Mgr Guilbert, le vénéré successeur de Mgr Donnet.
L'année suivante, le 14 juin, Lundi de la Pentecôte, un vapeur gracieusement orné de bannières et d'oriflammes emporta 220 pélerins du ponton des Collines à Verdelais. Nous passâmes, par un temps superbe, une délicieuse journée auprès de l'autel et de l'antique image de Marie.
Un Second pélerinage eut lieu le 10 juin 1889, encore le lundi de Pentecôte. Formé de fidèles de Bouliac et de Floirac, il fut plus nombreux mais moins édifiant que le premier.
Ces pélerinages ne sont pour beaucoup de personnes qu'une promenade agréable sur notre fleuve dont la rive droite est enchanteresse, qu'une visite de curiosité à un sanctuaire dont la richesse, le site, les alentours méritent d'être vus. Chrétiennement, il faudrait mieux.
La paroisse de Bouliac, à cause des bancs de sable qui gisent à la pointe de l'île, ne peut s'embarquer, à 5 heures du matin, au ponton des Collines, qu'autant qu'il y a pleine mer ou à peu près.

Nous eûmes en 1896 une seconde mission prêchée par le P. le Borgne, des oblats de Talence, et clôturée par Mgr Lécot, le 26 décembre. Les missions sont rares dans les petites paroisses, car elles ne coûtent jamais moins de 400 francs.
Mgr Lécot, successeur de Mgr Guilbert, était déjà venu, le 5 décembre 1894, confirmer dans notre Eglise les enfants réunis de Cenon, Floirac et Bouliac.

Au moment où j'écris ces lignes, mon vénéré confrère et ami, M. Manceau, curé de Cenon, me propose de me joindre au pélerinage qu'il organise avec M. Arnail, Curé de Floirac, pour le 10 juillet 1899. Je m'associe de grand coeur à la Sainte entreprise de mes deux amis et, le 10 juillet 1899, à 5h. 1/2 du matin, un  premier bateau prend à La Bastide, pèlerins de Cenon ...  220.
Un second bateau prend à La Souys, pèlerins de Floirac... 221.
Pélerins de Bouliac...................................................... 153
                                                           Total .........      594
Délicieuse traversée. Procession recueillie depuis la Garonnelle jusqu'au sanctuaire vénéré ; chants célestes pendant la messe et l'office du soir ; ascension au calvaire à 11h. malgré la chaleur qui est intense. Sainte journée, enthousiasme général, chacun dit avec joie à Marie : Mère adieu et au revoir !"

Le jour de la communion solennelle quatre ou cinq communiantes  traversent la place de la mairie et se dirigent vers
le portail de la maison Vettiner.
Carte postale offerte par Jeanine Briat.

    Je me souviens ... dit Anne-Marie Serre-Simounet
que mon père, André Serre, né en 1907, aimait nous raconter les processions des Rogations*.

Le matin, de bonne heure, deux ou trois enfants de choeur accompagnaient le curé, l'abbé Ambeau, vers les champs du village entourant les châteaux. A l'approche des fermes ils se mettaient à chanter des cantiques pour appeler la bénédiction de Dieu sur les récoltes à venir, vignes et céréales, afin qu'elles soient abondantes. Selon que les propriétaires étaient généreux ou "radins" envers l' Eglise, l'abbé les encourageait, ou les décourageait ! à chanter plus ou moins fort par deux formules grommelées en patois: "aqui ya gras" à l'approche des propriétés de généreux donateurs ou " aqui ya pas gras " si les propriétaires avaient l'habitude  de donner des oboles avec parcimonie. Selon la formule, les garçons chantaient à tue-tête ou se contentaient de murmurer en passant à toute vitesse!
Dixit mon père! Nous ignorons si les récoltes obéissaient ou pas à leurs incantations...

*
Les rogations sont des processions de supplication, instituées au 5ième, siècle, qui se déroulent le jour de la St Marc ( 25 Avril) et les trois jours précédant l'ascension, destinées à attirer la bénédiction divine sur les récoltes et les animaux.

   Je me souviens ... dit Anne-Marie Serre-Simounet
des processions religieuses de la Fête -Dieu, ou Fête du Saint Sacrement le 14 Juin, jour où avaient lieu ausi les Communions solennelles.
Quelques jours avant le dimanche  une effervescence nous saisissait, nous les petites filles, car nous devions aller essayer nos corbeilles chez Alice Charibert, à  l'épicerie. Elle cousait des dentelles blanches autour de panières rondes et mesurait les rubans autour de notre cou où serait suspendue la corbeille remplie de pétales de roses. Avec quelle impatience nous attendions cette fête! Dans mon souvenir, elle était grandiose! La procession sortait de l'église, l'Abbé Cabaroque , en chasuble blanche et  manteau doré, se tenait sous un dais porté par quatre hommes.
 Les enfants de choeur suivaient, en surplis de dentelle blanche, puis les fillettes  portant leurs corbeilles de fleurs, puis une foule de fidèles, mon grand-père, Louis Brochard, le chantre, en tête, entraînant de sa belle voix leurs chants. La procession se dirigeait d'abord vers le premier reposoir dressé devant le portail de la maison des dames Vettiner. Une profusion de fleurs dans des vases était installée sur une sorte de gradin; là, le prêtre disait chants et prières. De son encensoir s'élevait la fumée parfumée de l'encens et il bénissait les fidèles. Nous lancions nos pétales vers  l'ostensoir avec beaucoup de pieuse application! La procession s'ébranlait à nouveau à travers le village vers la place Chevelaure puis la côte jusqu'à la Croix ( aujourd'hui à l'angle du parking du stade) où un second reposoir était installé. Une nouvelle cérémonie se déroulait avant le retour vers l'église.
Je me souviens aussi de la procession aux flambeaux le soir du 15 août. La foule des fidèles quittait l'église en portant un flambeau allumé et protégé par un cône en papier sur lequel on pouvait lire les paroles de l'Ave Maria ; les chants  s'élevaient dans la nuit ; nous déambulions autour du bourg , tournions autour de l'église. La foule était nombreuse!
Je ne saurais dire quand ces processions ont pris fin ! Pour moi elles sont pleines de foi vibrante, magnifiées par la mémoire enfantine.

En plus des fêtes religieuses, les bouliacais s'amusaient dans les fêtes païennes ! On dansait  à Bouliac ! Paulette Rambaud-Pavin (née  en 1921) se souvient que sa mère Marguerite Belloc-Rambaud, jeune fille, dansait dans la grande salle du Café de l'Espérance tenu par la famille Serre. Il existait dans cette salle une estrade contre le mur du fond pour recevoir les musiciens. A la Libération, les bals ont repris dans cette même salle, animés par "le joyeux radio-jo" ( en fait M. Musset) qui possédait - chose rare à l'époque ! - un tourne-disque. Les bals se prolongeant tard dans la soirée, l'animateur s'endormait parfois près de son tourne-disque. Anne-Marie Serre-Simounet y a découvert les pas de la samba, danse toute nouvelle après la seconde  guerre (un pas en avant, un pas en arrière)
Après la Libération, la population a été prise d'une vraie frénésie de danse pendant quelques années. Elle se souvient, en particulier, d'un bal de carnaval où les jeunes adultes, tous déguisés, se bousculaient sur la piste offrant le spectacle extraordinaire pour l'époque d'un quadrille effréné ... bien que démodé.
Cette salle du Café de l'Espérance a également été le cadre de bals costumés pour les enfants organisés par les instituteurs de l'époque, M. et Mme Guilhem, des bals de la fête de la jeunesse et des représentations théatrales organisées par l'abbé Cabaroque (avec les "Bérêts Blancs", les jeunes filles de la paroisse) et les instituteurs.

Dans ce café, les bouliacais pouvaient organiser leurs repas de noces, de première communion et de baptême au premier étage. Dans le café lui-même, les clients pouvaient consommer, jouer au billard, aux cartes, tout en discutant sport, politique ... la clientèle étant totalement masculine.

A la fin du XXème siècle, ce café a perdu son caractère communal et convivial pour laisser la place à un restaurant, créé par Jean-Marie Amat, qui reçoit essentiellement une clientèle de l'agglomération bordelaise. Il porte toujours le nom de Café de l'Espérance bien que ce  nom inscrit autour d'une ancre de marine ait été effacé. Certains supposent que cette enseigne correspondait au nom d'une péniche qui naviguait sur la Garonne et dont le marinier, lors de ses escales au Port des Collines,  aimait venir y boire un verre de rouge des palus de Bouliac !

 

Dans les années cinquante, un Comité des fêtes de bienfaisance a été créé pour organiser, entre autres, une fête locale annuelle, "l'assemblée", qui se tenait sur la place de la Mairie. Une grande salle "La Reine des Prés" était dressée pour y accueillir un spectacle et des bals populaires. Le spectacle du soir attirait toute la population, d'autant plus que s'y produisait des artistes locaux : André Serre, avec pour compère Henri Baros ou M. Crémier, jouaient les comiques troupiers chantant les classiques "Avec l'ami Bidasse", "Ce cochon de Boudin"... , rires assurés. Roger Guestaux, ténor léger, chantait des airs d'opérette.
Un manège de chevaux de bois installé devant la mairie faisait le bonheur des enfants et même des grands qui le lendemain de la fête envahissaient le manège, conseillers municipaux et maire (M. Turroque, que son gros ventre ne décourageait pas pour occuper la toupie !). Des années plus tard, la reine des prés a disparu ! La fête avec ses baraques foraine et ses manèges plus sophistiqués s'est déplacée sur la place Vettiner. Et, en 2010, il ne reste que des souvenirs...

Le dimanche 3 septembre 1905 vit une fête qui n'appartenait pas au catalogue des fêtes traditionnelles.
Le 6 août 1905, le maire, Camille Hostein, avait rappelé au Conseil que, le 23 janvier 1881, Eugène Bouluguet  avait été élu adjoint au maire de Bouliac. Il avait proposé "à ses collègues de fêter par un banquet et un bal populaire une si longue période de bons et loyaux services" et le conseil avait rédigé une lettre  adressée à tous les habitants de la commune les invitant à participer à ce banquet après inscription. En outre, les conseillers présents avait décidé "qu'individuellement ils souscriront pour offrir une médaille commémorative de la fête à leur collègue et ami."

Les archives municipales sont muettes sur le déroulement de cette fête, et, malheureusement, l'abbé Pareau avait quitté Bouliac depuis quelques années !

Et la fête du 14 juillet ?  

Le 21 mai 1880, le député Benjamin Raspail a déposé la loi qui faisait du 14 juillet la fête nationale annuelle en commémoration de la fête du 14 juillet 1790 dite fête de la Fédération. La loi a été signée par 64 députés, adoptée le 8 juin par l'Assemblée et le 29 juin par le Sénat, promulguée le 6 juillet 1880.
La lecture du rapport de séance du Sénat du 29 juin 1880 éclaire le choix du 14 juillet 1790.

[...]
Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. [...]

Le procès-verbal du conseil du 27 mai 1900 nous apprend qu'à Bouliac la fête nationale du 14 juillet "n'est pas encore entrée dans les moeurs...". La proposition de M. Sens de payer un bal à la jeunesse de Bouliac est rejetée. Ils iront  danser à Bordeaux s'ils le veulent !

L'abbé Pareau ne nous a pas fait part de sa satisfaction. Je n'ai pas trouvé un mot concernant cette fête dans son chapitre intitulé :  Assemblées, Liesses, Kermesses !

Les billards de Bouliac

 

Billard français du début du XIXème siècle

Au 19ème siècle, on jouait au billard au Café de l'Espérance tenu par M. Serre. Les bouliacais de condition modeste se retrouvaient autour du tapis vert pour jouer à la carambole, avec deux boules blanches et un rouge, en arrosant généreusement leurs exploits et leurs gains car , très souvent, on jouait " à l'argent", ce qui déclenchait la colère du curé Pareau !

Mais, on pratiquait aussi le billard , de façon plus sophistiquée dans les maisons de maître et châteaux du village.

En application de la loi  du 16 septembre 1871, les propriétaires de billard ont dû déclarer leur billard et payer la taxe correspondante, l'impôt sur le plaisir !
Elle était de 60 francs à Paris et de 30 à 6 francs dans les autres villes.
Les archives communales de 1872 nous donnent  la liste de tous les propriétaires de billard qui ont obéi à la loi de la taxe sur les billards.

M. Serre

M. Cazaux

M. Chalès

M. Hervouet

M. Jurine

Mme Vve Sussac

M. Régnier

M. Hugla

M. Girard

M. Maurel

M. Meilhan

M. Baudet

M. Hue

M. Exshaw

M. Labrie (déclaration en 1875)

                               La Bouliacaise

C'est une société de gymnastique qui fut créée par Albert Rambaud (1871 - 1978)  après la fin de la seconde guerre mondiale. Albert Rambaud fut élève de l'école militaire de gymnastique de Joinville. Il participa à la 1ère guerre mondiale et son courage fut récompensé par Clémenceau qui lui donna sa pipe comme récompense. Sous sa direction, de nombreux jeunes bouliacais participèrent à des compétitions nationales et remportèrent de nombreuses médailles.





A la fin de la seconde guerre mondiale, La Bouliacaise fit sa réapparition sous la présidence de M. Brochard, propriétaire du Café de l'Espérance, comme l'indique l'extrait ci-dessus de la revue L'Athlétisme, n° 1, 1945.

 

 

 

Le saviez-vous

La seconde guerre mondiale a touché un nombre important de familles bouliacaises.


Dans Liste officielle des prisonniers de guerre français : d'après les renseignements fournis par l'autorité militaire allemande, publiée en 1940 et 1941, on trouve sept noms bouliacais : Fernand Bourricaud, Bertrand Bernard, André Estribeau, Dubo Edmond, Ulysse Rouzie, Robert  Guimberteau et Edouard Manuaud.

Cette liste est certainement incomplète car Anne-Marie Serre (épouse Simounet) a connu deux autres prisonniers dans sa famille. : Jean Brochard et Charles Caillet.

 

 



 Les anciens combattants de la première guerre sont photographiés au pied du Monument aux morts.

En première position à droite du premier rang : Albert Rambaud.

En deuxième position à gauche du deuxième rang : Albert Crémier, le forgeron de Bouliac.

 
  Je me souviens  (Anne-Marie Serre, épouse Simounet)

Je me souviens des lettres que ma grand-mère Clotilde Brochard recevait parfois : trois volets blancs pliés mais non cachetés, écrits au crayon avec, ça et là, des "blancs" (les mots effacés par la censure). C'étaient les nouvelles de son fils Jean, prisonnier pendant cinq ans dans un stalag en Allemagne.. Il lui racontait être heureux à jouer du violon dans un orchestre ! Tout allait bien, elle était rassurée ! Jean rapporta des photos de cet orchestre où il apparaît souriant derrière son pupitre.

Sa voisine, Marceline Manuaud qui tenait la boulangerie avec M. Videau, devait elle aussi recevoir
ces feuilles blanches. Mais d'elle je me souviens surtout de sa jolie voix chantant des rengaines. Elle donnait l'impression de chanter tout le temps. Etait-elle heureuse alors que son mari Edouard était prisonnier ? Grand-mère Clotilde m'expliquait que c'était pour tromper son "cafard".

   A la fin de la guerre, les prisonniers après cinq ans passés en Allemagne, commencèrent à revenir à Bordeaux par le train. Je me souviens -j'avais 8 ans - être partie à la gare Saint-Jean pour accompagner ma cousine Margot (Marguerite Bouluguet, épouse Caillet). Elle attendait impatiemment le retour de Charles, son mari. Je me souviens d'une foule de gens installée en rond autour de la cour d'arrivée et de quelques hommes en habit kaki traversant cette cour pour embrasser des parents impatients. Cette fois là, Charles n'était pas de retour. Je me souviens de la déception de cousine Margot me disant - pour se rassurer - "Nous reviendrons demain."

 

Photographie prise en 1930, place Chevelaure, devant le mur du domaine de Bellevue.

Albert Rambaud, le fondateur de la société, est en première position à droite, sur le troisième rang en partant du bas.

On peut voir que l'âge des participants allait de 10 à 50 ans.

La salle de gymnastique actuelle (2013) porte le nom du fondateur de la société de gymnastique "La Bouliacaise".

 


La Bouliacaise en action place Camille Hostein.

En arrière plan, de droite à gauche :

la maison de M. Pourquery, la maison de M. Rouzier (l'ancien salon de coiffure pour hommes) et la Poste.


Le saviez-vous ?